25 photos Sénat. Le président Jean-Pierre Bel a reçu Isabel Allende, la présidente du Sénat Chilien !

25 photos Sénat. Le président Jean-Pierre Bel a reçu Isabel Allende, la présidente du Sénat Chilien !

Cadette de Salvador Allende, la sénatrice socialiste chilienne Isabel Allende, fille du président Salvador Allende renversé en 1973 par un coup d'État, a été choisie par ses pairs pour présider le Sénat chilien. Elle devient la première femme à occuper cette fonction. Elle est en visite officielle à Paris. Après une matinée passée au Sénat et dans le jardin du Luxembourg, les présidents des deux chambres hautes ont déposé une gerbe place Salvador Allende, en présence de la Maire de Paris, Mme Anne Hidalgo. Puis se sont entretenus avec Jean-Christophe Cambadelis, premier secrétaire du parti socialiste. Mme Isabel Allende Bussi a ensuite été reçue par M. François Hollande, Président de la République.

Le Président du Sénat Jean-Pierre Bel a reçu Mme Isabel Allende Bussi, Présidente du Sénat de la République du Chili, pour une journée de rencontres. Accrédité au Sénat, la rédaction de Réveil FM International était au rendez-vous.

 

Discours de M. Jean-Pierre Bel, Président du Sénat à l’occasion de la venue de Mme Isabel Allende, Présidente du Sénat chilien

Mardi 24 juin 2014 - 13 h 15 (Salons de Boffrand)

Madame la Présidente, chère Isabel Allende,

Madame la 1ère Vice-présidente du Sénat, chère Bariza Khiari,

Mesdames, messieurs les élu(e)s, cher(e)s collègues,

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Chère Isabel Allende, vous ne pouvez imaginer le bonheur que vous m’avez procuré en acceptant mon invitation malgré les charges immenses qui sont aujourd’hui les vôtres. Madame la Présidente, vous incarnez bien sûr le Chili d’aujourd’hui qui fait face à de grands défis pour ancrer votre pays dans la modernité et le respect de sa culture et son histoire.

Votre visite s’inscrit dans le prolongement d’une longue tradition d’amitié entre nos deux pays.

Vous incarnez aussi, chère Isabel Allende, le long combat des femmes pour accéder à des fonctions de responsabilités politiques, conduit avec héroïsme sous la dictature ; vous avez montré le chemin, avec Michelle Bachelet, en occupant, bien sûr, les plus hautes fonctions de votre République et en vous battant aussi pour de nouveaux droits, dans de nombreux domaines, pour l’égalité entre l’homme et la femme.

Nous avons tous beaucoup d’admiration pour le courage qui est le vôtre, ce courage dont vous avez fait toujours preuve depuis votre jeunesse, dans l’entourage de votre père, aux côtés de votre mère, pendant les longues années noires du dictateur Pinochet. Nous avons de l’admiration aussi pour la part que vous avez prise dans le processus de construction de la démocratie dans votre pays.

Ce qui s’est passé au Chili dans les années 70 a eu un écho considérable à l’échelle de la planète.

L’évocation de cette période, de cette mémoire, n’est jamais facile et ne doit pas nous empêcher d’appréhender l’avenir. Mais elle est nécessaire pour mieux comprendre le présent.

L’Histoire de votre pays est marquée par une blessure éternelle. Celle d’une dictature sanguinaire qui a bafoué la dignité de vos compatriotes, les a soumis, les a humiliés.

Le peuple chilien voulait construire une voie pacifique et démocratique vers le socialisme mais, pour ce faire, il aura contrarié des intérêts économiques et financiers qui n’ont pas de patrie.

Il l’a payé au prix fort. Président 18 ans il a été bâillonné, assassiné, torturé. Ici, à nos portes, nous étions dans la solidarité au peuple espagnol en butte à un autre dictateur, Francisco Franco.

Mais le 11 septembre 1973, je me souviens.

Je me souviens de mes 20 ans et de cette nuit terrible où nous avons appris : « ils ont bombardé la Moneda et le Président est mort… »

Alors, dans toutes les villes, dans tous les pays nous sommes sortis pour marcher dans les rues : « … Allende, Allende… el pueblo unido jamas sera vencido… ! ». C’est la conscience du monde qui assistait, impuissante, à la mise au pas de la démocratie chilienne… toute une génération qui se mobilisait pour créer sa solidarité. Ce sont des souvenirs, c’est le passé ; mais le passé ne passe pas car il vibre et bouge encore.

En novembre 1970, c’était Claude Estier, qui fut Président du Groupe Socialiste au Sénat et auquel j’ai succédé, qui s’était rendu au Chili pour assister à l’investiture de Salvador Allende et pour rencontrer les leaders de la gauche chilienne.

Le Président Allende avait alors invité François Mitterrand qui viendra un an plus tard, avec Claude Estier et Gaston Deferre, rencontrer celui qu’il décrit comme l’homme « qui incarne la Révolution dans la légalité ».

Cette rencontre fut essentielle pour le devenir du Parti socialiste français luimême.

On connaît la suite.

Il y a plus de 40 ans maintenant, des milliers de vos compatriotes chiliens sont venus durant les années sombres en exil, en Europe, beaucoup ici, en France.

Beaucoup ne reconnaissaient plus leur pays, ne savaient plus ce qu’il s’y passait.

Le Chili était devenu une terre éclatée, des îles à la dérive qui ne pouvaient se rencontrer.

L’histoire nous a montré aussi, comme le dit si bien le poète Pablo Neruda qu’ils pourraient couper toutes les fleurs (…) ils n’empêcheraient pas le printemps. Ils n’ont pas empêché le printemps malgré votre exil et votre périple car vous étiez, vous et votre famille, les ambassadrices remarquables de la démocratie chilienne.

Votre histoire personnelle et politique représente le symbole de la lumière de la démocratie au Chili. Parler d’Allende, de votre famille, ne peut être banalisé par les consciences car votre combat, votre parcours, votre vie, votre engagement, vos efforts et votre dignité sont plus forts que la violence, la brutalité du totalitarisme. Mme la Présidente, on vous qualifie de symbole dans votre pays mais aussi dans l’histoire de l’humanité. 48 ans après votre père, le Président Salvador Allende, vous devenez la première femme Présidente du Sénat.

Aux côtés de Michelle Bachelet, Présidente de la République du Chili, et à qui vous avez remis l’écharpe présidentielle aux couleurs nationales, bleu, blanc, rouge à Valparaiso le 11 mars dernier, vous incarnez la fierté de tout un peuple qui résonne plusieurs décennies après la mort de vos pères respectifs.

Cette photo a fait le tour du monde.

A travers vous, c’est le visage de l’Amérique Latine qui change et celui du Chili aussi. Vous êtes le symbole d’un continent résolument tourné vers son futur et son développement.

Aussi, je voudrais saluer votre engagement dans toutes vos fonctions de parlementaire, à la Chambre des députés et au Sénat qui incarnent cette nouvelle voie démocratique au Chili. Je voudrais également témoigner de mon admiration pour ce combat que vous avez mené sans jamais l’abandonner, pour ce long chemin que vous avez parcouru pour imposer le devoir de mémoire et le devoir de justice.

Votre présence au Palais du Luxembourg nous honore et nous touche beaucoup.

 

A travers vous, j’adresse au nom du peuple français, notre amitié, notre estime, notre reconnaissance au peuple chilien et nos vœux les plus chaleureux de réussite dans vos nouvelles fonctions.

Je vous remercie.

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