Face aux pressions de l'armée et des islamistes, Bassem Youssem, l'humoriste télé le plus populaire d'Egypte, a eu une idée géniale: tirer sa révérence !

Face aux pressions de l'armée et des islamistes, Bassem Youssem, l'humoriste télé le plus populaire d'Egypte, a eu une idée géniale: tirer sa révérence !

Les Congolais de France connaissent l'émission "Le Petit journal" de Yann Barthès sur Canal plus. "Le Petit journal" est devenu populaire dans la diaspora congolaise depuis qu'il a révélé au monde, ce qu'on voulait nous cacher avec images à l'appui, lors du fameux XVI Sommet de la Francophonie à Kinshasa, en octobre 2012, alors qu'alias Joseph Kabila venait frauduleusement d'être élu et tenait au Sommet pour se légitimer. Son usurpation et imposture ne sont jamais passés chez les Congolais de l'étranger. Et lors de son séjour à Kinshasa, le président François Hollande n'a pas été tendre avec Joseph Kabila, l'incapacitaire de Kingakati en mal de légitimité. Les Kinois n'ont plus, qui étaient tenus à l'écart du Sommet, avec en prime un délestage généralisée lors du discours de François Hollande à la tribune du Sommet !

À la rentrée, Yann Barthès veut faire du "Petit Journal" un vrai journal télévisé. (Capture d'écran Canal Plus)

"Le Petit Journal" est un programme qui mélange les genres et qui, au fur et à mesure de son évolution, s’est de plus en plus dirigé vers l’information sérieuse, l’enquête et l’actualité internationale.La force de l’émission réside dans le ton employé et sur la façon de présenter les choses. Le ton est caustique et l’humour satirique, l’objectif étant à la fois de montrer des choses que l’on ne voit pas habituellement, et de faire rire. L’idéologie sous-jacente du "Petit Journal" et de dévoiler ce qu’on nous cache, qu’il s’agisse de politique, médias ou people.

Bassem Youssef au Global Média Forum de la "Deutshe Welle" à Bonn

Au pays des Pharaons, on ne badine pas avec la liberté d'expression. En Egypte, Bassem Youssef, le "Yann barthès" égyptien, renonce à son émission à cause de la censure et refuse l'exil. Bassem Youssef était au Global Média Forum de la Deutshe Welle à Bonn, c'est là qu'il a annoncé l'arrêt de l'émission. Il ne fait pas bon se prendre pour le Yann Barthès égyptien. Surtout si le Time vous considère comme l’une des 100 personnes les plus influentes du monde. A la tête d’ El-Bernameg, une émission satirique diffusée sur MBC-Egypt, la chaîne financée par les Saoudiens, Bassem Youssef a fini par jeter l’éponge, "fatigué de lutter, fatigué de la pression, fatigué d’être inquiet pour [sa] sécurité et celle des personnes autour de [lui]".

Bassem Youssef très sollicité au Global Média Forum de la Deutshe Welle à Bonn

Pour ce chirurgien de 40 ans, qui continuait à exercer et n’a pas hésité à donner de sa personne pendant les événements de la place Tahrir, une bonne partie de l’Égypte était à passer à la moulinette de la satire, notamment certaines de ses cibles privilégiées : l’islam et les salafistes ; Mohamed el-Baradei, le très drôle directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique ; Mohamed Morsi, le chef des Frères musulmans, président de la République (30 juin 2012-3 juillet 2013), et, bien sûr, son successeur Abdel Fattah Al-Sissi, deux comiques dans leur genre qui supportent moyennement qu’on les interrompe au moment de leur spectacle…

Reçu le 26 avril sur le plateau de Yann Barthès, Bassem Youssef est l’homme qui faisait hurler de rire les Egyptiens avec El-Bernameg, une sorte de Petit Journal au pays des pharaons. Celui que Yann Barthès qualifie de chroniqueur "le plus drôle, le plus libre et le plus engagé" rencontre dans son pays et au-delà des frontières un succès considérable qui lui a valu des convocations au commissariat pour "appel à l’athéisme et à l’homosexualité" ou "insulte envers le Pakistan".

Mais ce qui fascine chez ce Jon Stewart du pays des pharaons, fils de la bourgeoisie cairote qui a commencé en bricolant des vidéos postées sur YouTube, c’est la fabuleuse classe avec laquelle il a démissionné.

Là où beaucoup auraient fait appel au peuple contre la liberté d’expression bafouée, à l’incroyable brutalité du pouvoir, Bassem Youssef a préféré prendre tout son monde par surprise en concluant son émission du lundi 2 juin 2014 de cette façon : "L’ambiance n’est plus propice à des spectacles d’humour. (…) L’annulation de mon show est un message encore plus fort que n’importe quel autre message qui pourrait être dit dans l’émission."

Puis l’homme se lève, regard d’acier et large sourire, impeccable dans son costume sombre rehaussé d’une cravate rouge à pois blancs et, entouré de son équipe qui lève le pouce, brandit une pancarte en arabe et en anglais où il est inscrit : "The end." Une manière de signifier au pouvoir en place : "Maintenant, débrouillez-vous avec le vide politique que je laisse et les 30 millions de téléspectateurs qui me suivaient." La classe ultime.

“L'arrêt de notre émission est une victoire”, a déclaré Bassem Youssef hier 2 juin lors de sa conférence de presse. Il était attendu pour expliquer les tenants et aboutissants de l'arrêt définitif de son émission satirique El-Bernameg qui, depuis bientôt trois ans, n'avait épargné ni les Frères musulmans ni le nouveau pouvoir militaire du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi.

“Cela constitue un message tout ce qu'il y a de plus clair”, a-t-il expliqué. Sous-entendu : il illustre le climat politique qui règne en Egypte. Refusant obstinément de désigner clairement les responsabilités, il a simplement expliqué qu'il était “fatigué d'être sous pression” et “fatigué d'avoir peur”.

Il a également écarté l'idée de se limiter à une diffusion sur Youtube. Entre autres parce que “les mêmes pressions qui s'exercent aujourd'hui seraient exercées demain sur tous ceux qui contribueraient à la production”. A la surprise générale toutefois, il a refusé de faire porter le chapeau à la chaîne MBC qui le diffusait jusqu'alors : “MBC n'est pas à blâmer. Elle a fait ce qu'elle pouvait, mais les pressions étaient trop fortes.”

Il n'empêche, nombreux sont ceux qui accusent non seulement la chaîne, mais à travers elle l'Arabie Saoudite. Car MBC est détenue par des capitaux saoudiens : “Selon un journaliste saoudien, c'est le roi saoudien en personne qui a décidé l'arrêt de l'émission”, souligne l'éditorialiste militant Waël Abbas sur Huna Sotak. “Les pétrodollars ont déjà racheté notre patrimoine cinématographique et les droits d'auteurs de nos classiques de la chanson. L'émission de Bassem Youssef était populaire, mais la rue égyptienne n'a plus son mot à dire, car nous vivons désormais sous tutelle saoudienne.”

 

Même au Koweït, le journaliste Mohamed Al-Wachaihi, invité par MBC pour parler de tout autre chose, n'a pu s'empêcher de lancer : “Je sais que ça ne va pas vous plaire et que je dépasse les limites, mais Bassem Youssef, qu'est-ce qui lui arrive ?” avant d'être coupé brutalement par le présentateur.

Les commentaires sont fermés.