Berlin: Merkel chasse l'espion américain

Berlin: Merkel chasse l'espion américain

Angela Merkel aurait pu faire un tel affront à l'Iran ou à la Corée du Nord. Mais pas aux Etats-Unis ! Pourtant, elle l'a fait : « Une expulsion de première classe », titrait hier le grand site d'informations Spiegel Online. L'objet du scandale ? Berlin, l'allié le plus fiable de Washington en Europe, a exigé le départ du chef des services d'espionnage américain sur son territoire, accusé. .. d'espionner l'Allemagne. « Au temps de la guerre froide, j'aurais pu comprendre une défiance entre nous », a déclaré Angela Merkel. Mais, aujourd'hui, « l'espionnage entre alliés n'est qu'un gaspillage d'énergie », a déploré la chancelière.

La nouvelle a fait tellement de bruit que la chancellerie a dû corriger le tir hier midi en expliquant qu'elle avait seulement « conseillé » au chef de la CIA en Allemagne de quitter le territoire. Même poliment formulée, cette expulsion est un tremblement de terre diplomatique. Mais c'est la conséquence logique d'une absence de réactions des Américains après les affaires d'espionnage des institutions allemandes.

Berlin réclame des excuses

On savait que le téléphone portable de la chancelière et ceux des députés avaient été écoutés par les renseignements américains. On savait aussi que l'ambassade américaine à Berlin était un nid d'espions, avec un centre d'écoutes installé directement sur le toit. Ce n'était pas tout. Les Allemands ont appris cette semaine que les Américains infiltrent aussi vraisemblablement les ministères, les services du renseignement (BND) et l'armée (Bundeswehr). Un Allemand travaillant au BND est actuellement en détention provisoire pour avoir vendu des documents à la CIA contre la somme de 25 000 €.

Les Américains font preuve d'une « bêtise à pleurer », a lâché hier Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, après la nouvelle. « Cela n'amuse franchement pas la chancelière », a-t-il ajouté. Berlin réclame depuis des mois des explications et surtout des excuses de Washington. Elles ne sont jamais venues (sauf au sujet du téléphone de Merkel). « Maintenant, ça suffit ! », a lancé le chef de l'Etat allemand, Joachim Gauck, autorité morale du pays.

Le geste de Merkel s'explique aussi par une opinion publique qui réclame depuis longtemps des mesures de rétorsion contre les Etats-Unis.

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