Prague: Le mur John Lennon est en face du Palais Burquoy, ambassade de France

Prague: Le mur John Lennon est en face du Palais Burquoy, ambassade de France

Le mur John Lennon à Prague. Photo Réveil FM International

Le journalisme va de pair avec la curiosité. Sans curiosité on risque de passer à côtés des informations importantes. Curieusement, je vois un attroupement devant un mur en face du Palais Burquoy,qui abrite l'ambassade de France depuis 1919, un chef d'œuvre de l'art baroque, bâti en 1719, des jeunes sans violence chantent, boivent de la bière. Les bougies sont allumées le long du mur. Un jeune assis avec sa guitare chante les chansons de John Lennon. Tout visiteur qui se respecte ne peut manquer le quartier de Malá Strana à Prague. Là, juste en face de l’ambassade de France se trouve un mur qui clôt le jardin appartenant à l’Ordre de Malte. Ce mur est assez particulier, car il porte le nom du célèbre musicien et compositeur britannique John Lennon. Et pour cause : son histoire est liée à cette grande figure des Beatles, une histoire dont témoignent tous les dessins, inscriptions et graffitis qui le recouvrent. Le mur Lennon ou « Lennon Wall » est un mémorial informel à John Lennon à Prague, en République tchèque. Depuis les années 1980, il recueille des hommages sous la forme de graffitis. En 1988, le mur a été une source d'irritation pour le régime communiste de Gustáv Husák, résultant en des affrontements urbains. Il est du coup devenu un symbole pour la jeunesse locale.

L'ambassade de France à Prague, en face du mur John Lennon

Le mur John Lennon à Prague. Photo Réveil FM International

Le mur John Lennon à Prague. Photo Réveil FM International

Le mur John Lennon à Prague. Photo Réveil FM International

Le mur John Lennon à Prague. Photo Réveil FM International

Pendant les années 1980, John Lennon est devenu le symbole de tous les tchèques manifestants anti-gouvernementaux, alors qu’ils griffonnaient ses textes et d’autres slogans politiques sur ce mur qui est désormais mondialement célèbre. Des citations célèbres comme “give peace a chance” (‘Donnes une chance à la paix’) jusqu’aux sentiments personnels des individus vivant à cette période, le mur était un rappel pertinent de la façon dont les choses se passaient. Le mur a été blanchi par le gouvernement en 1998 et beaucoup craignaient que le mur perde alors son sens et sa résonance politique, mais cela ne s’est pas produit. Les gens ont simplement continué à faire des graffitis sur le mur et il est maintenant tel qu’il était à cette période et est toujours un puissant rappel du passé.

Tout le monde connaît le musicien, compositeur, guitariste et écrivain britannique John Lennon. Membre des Beatles dans les années 1960-1970, il a créé ce groupe avec Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, mais est une figure de proue du mouvement « peace and love ». Engagé dans la lutte pour la paix, il s’oppose notamment à la guerre du Vietnam. Des prises de position qui lui ont valu le mécontentement du pouvoir politique.

John Lennon n’a jamais mis le pied à Prague, mais il était à l’époque un symbole de liberté et de paix pour les étudiants tchèques, muselés par le régime communiste et la période de la normalisation de l’après 1968.

Après le 8 décembre 1980, jour de son assassinat, apparaît un premier dessin sur ce mur. Un dessin réalisé en l’honneur de Lennon, comme nous l’explique František Šimůnek. « Voici la petite fontaine, sur laquelle aujourd’hui ne figure plus rien, c’est blanc, mais la fontaine a la forme du visage de John Lennon, avec sa chevelure. A l’époque quelqu’un avait dessiné son portrait symbolique. Ce mur est devenu un lieu de culte. Quand il y a des troubles politiques quelque part, les gens déposent souvent des bougies, ici comme partout ailleurs dans le monde. »

Ce mur est donc devenu en seulement quelques jours le support sur lequel des étudiants de Prague ont commencé à exprimer leur volonté de paix, leur révolte contre la guerre et la dictature… Il devient un lieu de protestation jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. D’une vingtaine de mètres de long, le mur John Lennon est devenu un symbole de paix et de liberté pour beaucoup de gens. Evidemment ces inscriptions ne pouvaient qu’irriter le pouvoir communiste, qui faisait effacer toutes les inscriptions dissidentes, ou carrément, faisait repeindre toute la surface du mur. Ni la musique, ni les chansons de John Lennon n’étaient les bienvenues dans ce pays dirigé par le communiste Gustáv Husák. František Šimůnek : « Au début c’était un mur ordinaire, le mur du jardin des Chevaliers de l’Ordre de Malte. Lorsque j’étais enfant, jusqu’aux années 1980, ce mur n’avait pas le sens politique. Mais pour les communistes tout représentait un danger politique, même John Lennon. Ce n’était pas forcément interdit, mais c’était mal vu. Sous le régime communiste, naturellement les graffitis n’étaient pas aussi agressifs, c’était seulement des expressions écrites en plus petit. »

 

Mais les manœuvres du pouvoir n’empêchent pas les gens d’écrire encore et encore, et le mur a gardé tout son sens. Ce mur représente donc bien plus que la mémoire à John Lennon, il incarne aussi la liberté d’expression, l’espoir et les rêves. Si auparavant, le mur était rempli de graffitis contre le pouvoir communiste, aujourd’hui les mots d’amour et de paix sont venus les remplacer :

« Au début il y avait des inscription poétiques, puis politiques, maintenant c’est plus tôt une curiosité pour les touristes. »

Finalement, on peut se demander si cette tradition perdurera à l’avenir… En tout cas, si la mémoire de John Lennon venait à s’effacer dans cinquante ou soixante ans, gageons que son message, lui, restera tout aussi vivant.

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