Sept ans d'histoire tumultueuse pour le musée de l'immigration

Il aura fallu sept ans avant qu'un président de la République ne vienne l'inaugurer. Sept ans ponctués d'espoirs, de reculs, sept ans de controverses, de polémiques, de manifestations, d'occupation par les sans-papiers, sept ans d'un dialogue de sourds. Voulu par Jacques Chirac au début de son second mandat présidentiel, en 2002, le musée de l'histoire de l'immigration -- officiellement dénommé Cité nationale de l'immigration -- a connu des débuts difficiles.

Reflet des peurs souvent irrationnelles suscitées par l'arrivée d'étrangers dans le creuset national, le débat a largement été instrumentalisé, par la gauche comme par la droite, à des fins politiques.

Sarkozy avait refusé de l'inaugurer

Nicolas Sarkozy, qui s'était lui-même présenté pendant la campagne présidentielle de 2007 comme un « Français de sang mêlé », refusera d'aller inaugurer le musée du palais de la porte Dorée (près de Vincennes), préférant attribuer à Brice Hortefeux un « ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement ». Cela avait notamment provoqué la démission de plusieurs historiens membres du comité scientifique du musée.

En confiant en août la présidence du conseil d'orientation du musée à l'historien Benjamin Stora -- qui succède à Jacques Toubon --, François Hollande avait envoyé un premier signe d'intérêt. Le simple fait de venir aujourd'hui inaugurer ce musée revêt, dans la période actuelle marquée par la montée du FN, une dimension hautement symbolique. Selon son entourage, Hollande devrait exprimer « la reconnaissance de la France pour les immigrés qui sont venus de toutes parts à la fois pour la sauver, l'enrichir, la développer dans toutes ses dimensions et parler aussi de l'immigration aujourd'hui et demain ». Pas d'annonce spectaculaire à attendre, glisse-t-on à l'Elysée. Le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales, inscrit depuis les années 1970 dans tous les programmes du PS, est moins que jamais d'actualité.

Il n'empêche. « Le fait qu'un président de la République ait le courage politique de dire que l'immigration c'est quelque chose de très important pour la France, ça, c'est un événement », se réjouit Benjamin Stora.