Massaman Malien de 19 ans, champion d'athlétisme, menacé d'expulsion à Evry

Massaman Malien de 19 ans, champion d'athlétisme, menacé d'expulsion à Evry

Décrit comme un « élève modèle » par ses professeurs du lycée Baudelaire d'Evry (Essonne), le champion junior d'Ile-de-France de saut en longueur risque d'être expulsé au Mali, loin de sa mère installée à Corbeil-Essonnes.

Corbeil, le 12 décembre. Actuellement en 1re au lycée Baudelaire d’Evry, Massaman est un bon élève. Il a une moyenne de 14, mais pas de carte de séjour. Le délai pour quitter le territoire qui lui a été accordé arrive à son terme samedi.

« Eh, Massaman, tu restes jusqu'à la fin de l'année, hein ? » Dans les couloirs du lycée Baudelaire, à Evry, le jeune homme de 19 ans répond par un sourire à ses camarades. Pourtant, depuis un mois, « je me suis arrêté de vivre », confie ce champion d'athlétisme. Des nuits sans sommeil, 3 kg en moins, la boule au ventre.

Car d'ici à samedi, cet habitant de Corbeil en situation irrégulière devra avoir quitté la France. Sinon, il sera expulsé. Mais il espère beaucoup d'un rendez-vous, ce jeudi à la préfecture d'Evry, obtenu après une manifestation de lycéens venus le soutenir, lui ainsi qu'un autre élève, Mohamed, scolarisé à Savigny-sur-Orge (Essonne).

Massaman est arrivé officiellement à Corbeil le 21 août 2012. Il vivait auparavant à Bamako, au Mali, où il est né en 1995. A la mort de son père en 1998, sa mère refusant de se remarier avec son beau-frère, comme c'est l'usage dans certaines familles, a confié ses deux enfants à la grand-mère et est partie en France, où elle a refait sa vie. Sa demande de regroupement familial est rejetée, mais ses aînés finissent par la rejoindre à Corbeil. Massaman se remet à niveau au lycée Perret d'Evry pendant un an, puis est orienté à Baudelaire.

«Ma vie, c'est le lycée et la maison»

Actuellement en 1re, il brandit une moyenne de 14. « J'ai envie de réussir, insiste-t-il. Ma vie, c'est le lycée et la maison. » Il ne veut pas laisser sa maman, qui souffre d'un pied, travailler trop longtemps. Elle est aujourd'hui engagée dans une association de solidarité, Générations Femmes. Massaman s'investit donc dans sa scolarité. « Je suis élu au conseil de la vie lycéenne et au conseil académique de la vie lycéenne », décrit-il. Il prépare également un spectacle de hip-hop pour la fin de l'année.

Quand le Malien n'est pas sur les bancs de l'école, il est sur les pistes d'athlétisme. Inscrit au club de Corbeil, il est champion junior d'Ile-de-France 2014 en saut en longueur. « J'aimerais en vivre », annonce-t-il. Mais il a été stoppé net dans sa course. Lorsqu'il a atteint sa majorité, Massaman a formulé une demande de carte de séjour d'un an. Refus. Et le 20 novembre, il recevait par courrier une obligation de quitter le territoire d'ici un mois. « Il est mentionné dedans que je n'ai pas trop d'attaches ici, que je n'ai ni femme ni enfants. Mais j'ai 19 ans ! rappelle-t-il. Je me suis investi à 120 % pour m'intégrer et réussir. Je comprends la loi, mais ça fait mal de se voir rejeté. »

« C'est la stupeur et l'incompréhension, réagit l'un de ses ex-enseignants, car il a sa famille ici et il réussit scolairement. » « C'est la première fois que je soutiens un élève comme ça, enchaîne Valérie Sagot, 48 ans, professeur de gestion vente au lycée Baudelaire. On ne peut pas accueillir tout le monde mais, honnêtement, là, ça manque d'humanité. C'est un élève modèle : il écoute, respecte les règles. Il est très bien intégré. Je crois en lui, mais s'il retourne dans son pays d'origine je m'inquiète pour son devenir. »

Lui s'inquiète surtout pour sa mère car « elle a été séparée plus de dix ans de ses enfants. Si on les éloigne encore d'elle, ça va la tuer ». Massaman n'a pas l'intention de faire sa valise. « Si je dois bouger, c'est parce qu'on m'aura expulsé », affirme-t-il. Et, les yeux baissés, de susurrer : « Je n'ai jamais été dans un tel contexte... J'ai peur de l'expulsion. Je ne préfère même pas imaginer. »

Ce que dit la loi

Depuis 2012, les jeunes majeurs doivent justifier de deux ans de présence en France, à la date de leur 18e anniversaire et d'un parcours scolaire assidu et sérieux pour prétendre à un titre de séjour.

Massaman peut répondre au second critère, mais pas au premier. Officieusement, il est arrivé en France en 2011, mais ne peut le prouver. La date de 2012 a donc été retenue, année où il a commencé un parcours scolaire. Or, à la rentrée 2012, il avait déjà 17 ans. La circulaire précise cependant que si le jeune « dispose de toute sa famille proche en France, en situation régulière » et à sa charge effective, les services de l'Etat peuvent lui donner ce titre de séjour, même s'il est arrivé en France après ses 16 ans.

 

Autre exception : si l'étranger peut justifier d'un talent exceptionnel ou de services rendus à la collectivité. Contactée, la préfecture n'est pas en mesure d'évoquer « par voie de presse des cas nominatifs et particuliers », mais rappelle que « les refus [...] sont expressément motivés par l'absence des conditions nécessaires et suffisantes [...] ou par la production de faux documents [...] » et que les refus peuvent faire l'objet de recours gracieux et contentieux.

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