Ils n’étaient plus esclaves, ils fallait qu’ils soient maîtres. Ils le sont devenus avec d’autant moins de scrupules que leurs “frères de race” qui avaient déjà vendu leurs pères continuaient la traite sous leurs yeux. Le Liberia, proclamé indépendant en 1847, ne sera donc le pays de la liberté que pour les Noirs venus d’Amérique, seuls admis à la citoyenneté. La couleur n’y fait rien, comme le découvre Julius, jeune Noir du Massachusetts et fil conducteur du roman qui tiendra jusqu’à sa mort la chronique du Liberia. Pourtant, l’idée de l’African Return, lancée 40 ans plus tôt par un capitaine Noir, riche armateur et notable de Nouvelle-Angleterre, était belle : créer une colonie fraternelle capable de produire en Afrique de quoi remplacer le fret humain transatlantique par des denrées morales et, ainsi, mettre fin à la traite.

"J'ai couvert la guerre civile du Liberia pour y réaliser un documentaire supposé trouver une explication à la folie particulière qui caractérisait ce conflit. Là-bas, l'un des seuls sages encore présents et vivants m'a dit "pour comprendre ce qui se passe ici, il faut remonter au XIXe siècle et aller en Amérique, d'où tout est parti." C'est ce que j'ai fait, abandonnant l'actualité pour l'Histoire.

En 2003, la guerre a eu un nouveau soubressaut. Un matin, l'ambassadeur des États-Unis au Liberia a trouvé 30 cadavres devant sa porte. J'ai trouvé ce geste aussi symbolique que la fusillade en 1980 des 30 membres du gouvernement issu des colons noirs américains sur la plage où ils avaient débarqué en 1822. Alors, j'ai écrit à cet ambassadeur une lettre ouverte publiée dans Libération.