Festival International du Journalisme: Connivence journalistes et politiques ?

Festival International du Journalisme: Connivence journalistes et politiques ?

Au Festival International du journalisme, c'est l'un des ateliers qui attirent du monde: l'atelier politique ! Avec des thèmes aussi variés: les journalistes sont-ils vraiment indépendants du monde politique ? Quand journalistes et politiques échangent leurs places, connivence: comment ça commence, être journaliste politique à l'ère Macron, sous Macron, la communication l'emporte-t-elle sur l'information ? Peut-on exiger la transparence totale du pouvoir ? Les Français sont politiques, ils aiment et s'informent sur la politique. Ils sont nombreux, certains n'ont pas hésité à s'asseoir sur de la paille. L’appétit de lire, de comprendre et d’interpeller les professionnels de l’information est une caractéristique que les festivaliers de Couthures-sur-Garonne partagent bien volontiers. Durant trois jours à partir de 10 heures du matin et jusque tard dans la nuit, le village de Couthures s'était transformer en forum à ciel ouvert où l’on a parlé journalisme et actualité, Lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes, journalistes, étudiants, chercheurs, vacanciers, familles et passionnés d’actualité se côtoieront pendant ces trois jours dans une ambiance bon enfant et conviviale qui est la marque de ce festival depuis sa création en 2016.

Les deux modérateurs de l'atelier politique, journalistes d'investigation au Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme sont connus par leur livre: Un président ne devrait pas dire ça..., sous-titré Les secrets d'un quinquennat, consacré aux cinq années d'entretiens privés des deux hommes avec le président de la République française François Hollande. L'ouvrage est à l'origine d'une importante polémique notamment au sein de la gauche républicaine, et est considéré comme l'un des facteurs conduisant au renoncement de François Hollande à se présenter à l'élection présidentielle française de 2017.

Le Basque, avec son accent reconnaissable et voix familière, Jean-Michel Apathie, en trente ans de journalisme politique, a écumé les titres de la presse écrite, les radios et les chaînes de télévision. A la rentrée, il sera sur Europe 1. Témoin privilégié, il interviewe le monde politique français. Mieux que quiconque, il a vu "l’ancien monde" muter. A Couthures-sur-Garonne, Jean-Michel Aphatie était l'un des animateur de l'atelier politique au Festival International du Journalisme. Objectif pour être en contact direct avec ses téléspectateurs, auditeurs et lecteurs. Mais aussi écouter les critiques que les citoyens font de journalistes politiques. Nous apprenons de Jean-Michel Apathie qu'il vote toujours blanc depuis 1988, qu'il vouvoie ses amis politiques à l'antenne, qu'il déjeune mais ne dîne jamais avec les hommes politiques..." !

Le présentateur de télévision David Pujadas sur LCI, qui a été présentateur vedette de France Télévision, qui a présenté le journal de 20h de France 2 durant 16 ans, raconte la remontée du journal de 20 heures sur la chaîne publique grâce à l’investissement délibéré de sa rédaction sur les sujets présumés compliqués comme la politique, l’économie ou l’actualité internationale. Il y a quarante ans, la télévision en France était aux ordres, elle est plus indépendante aujourd'hui. Vient le moment, pour le public, d’interroger les panélistes. Première question sur la connivence et sur le «formatage» de médias trop souvent semblables. Seconde question sur le besoin de s’extirper de l’engrenage des «news» instantanées.

Sonia Devillers de France Inter au Festival International du Journalisme

Présentatrice iconoclaste de 41 ans, Sonia Devillers est à l’antenne de France Inter, chaque matin à 6 h 53 puis 9 h 40 pour L’Instant télé puis L’Instant M. “Enthousiaste ou mordant, L’Instant M n’est jamais dans le règlement de comptes ni le copinage. Les gens que je reçois ne sont ni mes amis, ni mes ennemis”. C'est elle qui rassure parmi les panélistes que malgré le fait que Nicolas Sarkozy, élu président de la République, s'était permis de nommer les présidents de chaines de télévisions et stations de radios publiques, y compris les membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Cela n'a pas empêché d'être battu par François Hollande en 2012.

Toujours le contact et toujours la distance" ce sont encore les règles du journalisme! Le journaliste dit pratiquer sa profession comme un « sport de combat rapproché ». Il reprend la formule « le contact et la distance » d’Hubert Beuve-Méry (fondateur du Monde – NDLR) mais revendique la volonté d’être d’abord au contact pour, ensuite, prendre de la distance. Beuve-Méry disait, lui, qu’il faut être l’un et l’autre. Il expliquait à ses journalistes qu’ils avaient le droit d’être invités par le pouvoir politique « à condition de cracher dans les plats ».

Lors d’une conférence de presse de janvier 2008, Laurent Joffrin pose une question à Nicolas Sarkozy sur la « monarchie élective ». Les autres journalistes ont ri. Ce qui a choqué les Anglo-Saxons, car, chez eux, quand un homme politique ne répond pas à une question, le prochain la repose, et ainsi de suite, jusqu’à obtenir une réponse.

En France, à Sciences-Po se côtoient les futures élites politiques et médiatiques. Journalistes et personnalités politiques appartiennent souvent au même milieu sociologique. Une presse plus indépendante du pouvoir, qui ressemble à la population, est impérative pour une revitalisation démocratique.

Les grands patrons rachètent la presse, non pour faire de l’argent, mais pour obtenir un outil d’influence.

Entre le pouvoir politique, médiatique et économique, les médias sont le parent pauvre, à la merci des deux autres. Et cette interdépendance croissante entre pouvoir économique et politique se fait au détriment de l’indépendance de la presse.

Le journalisme est un métier de grande précarité économique, ce qui rend les journalistes plus faibles lorsqu’ils proposent des articles. La prise de conscience des journalistes se heurte à cette réalité économique, car l’ubérisation du métier fragilise les tentatives de contestation de ces deux pouvoirs.

Le problème plus général, c’est celui de ce contact, de cette relation entre journalistes et personnalités politiques, contact qui est nécessaire puisqu’on n’a pas l’information si on n’a pas un minimum de contact avec les personnalités politiques, alors qu’on a un besoin de distance pour préserver l’indépendance sans laquelle il n’y a pas d’objectivité.

La question de la connivence est plutôt celle des informations politiques qu’on révèle ou qu’on ne révèle pas en fonction des liens d’amitié avec telle ou telle personnalité politique.

Lors de l’entrée en fonction de François Hollande, quatre de ses ministres, en plus du Président lui-même, vivaient avec des femmes journalistes. Ces unions sont particulièrement fréquentes depuis les années 1960 et suscitent depuis longtemps l’étonnement, voire la sidération, des médias étrangers.

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