Erevan: Discours de Macron à la Maison Charles Aznavour !

Erevan: Discours de Macron à la Maison Charles Aznavour !

Emmanuel Macron, Président de la République signant le livre d'or

Charles Aznavour, qui s’est éteint il y a douze jours, devait fouler les terres de ses parents, à Erevan, pour l’inauguration de la Maison Charles Aznavour, chargée de la promotion de la langue française. Le Président de la République a rendu un nouvel hommage à Charles Aznavour à Erevan. Dans son discours, le Président Emmanuel Macron a insisté d’ailleurs sur ce «trait d’union» qu’était l’artiste «totalement arménien et totalement français». «Il incarnait une forme du “en même temps” qui m’est cher…» sourit-il, visiblement content de s’extraire, durant ces deux jours en Arménie, des contingences parisiennes.

Charles Aznavour avait trois pays: La France, l'Arménie et la langue française. Le chanteur le plus connu de la diaspora arménienne n'a jamais renié ses origines. Tout au long de sa carrière, ce fils d'immigrés a défendu la cause de ce petit pays du Caucase tant sur le plan humanitaire que diplomatique. "Je suis 100 % français, 100 % arménien", se plaisait-il à dire. " Les deux sont inséparables comme le lait et le café". Il était un géant de la chanson française.

Nicolas Aznavour et Emmanuel Macron, Président de la République

Tout au long de ses 70 ans de carrière, le chanteur aura marqué des générations. La carrière de l’artiste franco-arménien débute dans les années 1950.

Ses textes sont d’abord interprétés par les plus grands, comme Édith Piaf, Juliette Gréco ou Gilbert Bécaud. Il faut attendre les années 1960 pour que le chanteur se retrouve lui-même "en haut de l’affiche" grâce au titre J’me voyais déjà.

C'est en 1975 que l'auteur revendique son "arménité" dans ses chansons. Il écrit et interprète "Ils sont tombés" pour évoquer le génocide arménien ("Ils sont tombés/Sans trop savoir pourquoi/Hommes, femmes et enfants/Qui ne voulaient que vivre/Avec des gestes lourds comme des hommes ivres/Mutilés, massacrés, les yeux ouverts parfois"). La musique était signée par son beau-frère Georges Garvarentz (fils du poète Kevork Garvarentz, auteur de l'hymne national révolutionnaire arménien). Ce titre est enregistré à Londres dans la nuit du 23 au 24 avril 1975, soit exactement soixante ans après la rafle des intellectuels arméniens du 24 avril 1915 à Constantinople.

Depuis, les chiffres donnent le vertige : 180 millions de disques vendus, plus de 1 200 chansons et un nombre inchiffrable de concerts donnés dans le monde entier. Dans son discours, le chef de l’Etat insiste d’ailleurs sur ce «trait d’union» qu’était l’artiste «totalement arménien et totalement français». Vues du mont Ararat, connu pour être le refuge de l’arche de Noé, les turpitudes du remaniement ministériel paraissent lointaines.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinien et le Président Emmanuel Macron devant le cercueil de Charles Aznavour

 

Paris, 5 octobre Cour des Invalides. Empreint d’émotion, le Premier ministre Arménien Nikol Pachinian a dit toute son admiration pour Charles Aznavour dans son éloge funèbre. « Je n’ai pas eu le temps personnellement de connaître le grand maître Charles Aznavour mais chacun le considère comme un proche parent, a-t-il souligné. Il a porté le nom des Arméniens sur le toit du monde et donné un nouvel élan à la fierté arménienne. Je m’incline devant vous, grand Français, grand Arménien, grand artiste, grand humaniste. Repose en paix cher maître. »

"Charles Aznavour est devenu naturellement, unanimement un des visages de la France", a déclaré le président Macron, dans son éloge funèbre. "On devient aussi Français par la langue. C'est par là qu'Aznavour devint si français et même disait-il Parisien, ancrant par les mots son imaginaire dans une identité qui n'était pas celle de ses parents, prenant pied dans la longue tradition des conteurs, des poètes", a-t-il souligné, saluant celui dont les "chansons furent pour des millions de personnes un baume, un remède, un réconfort".

Un hommage littéraire du Président Emmanuel Macron. « En France, les poètes ne meurent jamais. » Emmanuel Macron a, lui, souligné toute la force des mots dans les chansons de Charles Aznavour. « Les chansons d’Aznavour sont d’abord des paroles. Leurs titres ou leurs refrains sont rentrés dans le patrimoine commun. C’est là que se vérifie le génie d’un artiste. » Devant la famille, les amis du chanteur, le chef de l’État a souligné que « Charles Aznavour est devenu unanimement un des visages de la France. Au fil des années, cette présence, cette voix, cette intonation reconnaissable entre toutes s’est installée dans nos vies, quelle que soit notre condition, quel que soit notre âge ». Ses chansons « ne furent jamais ces rengaines d’un été qui nous amusent et qu’on oublie » et sont même devenues des « remèdes ».

Selon lui, « certains héros chez nous deviennent français par le sang versé. Mais on devient aussi français par la langue parlée, la langue aimée, travaillée, ouvragée, célébrée. Aussi français que Kessel et Gary, qu’Apollinaire et Ionesco, aussi Français qu’Aznavour ». Dans son discours, Emmanuel Macron n’a pas non plus oublié les Arméniens qui ont fui leur pays pour rejoindre la France : « Il ne s’agit pas de diversité. Il s’agit de destins croisés, entremêlés, et pour finir, il s’agit de grandeur. »

« Les chansons d'Aznavour sont d'abord de paroles. Ce sont des mots qui sont venus nous toucher au cœur. Leurs titres ou leur refrains sont rentrés dans le patrimoine commun et une grande majorité de Français sait spontanément poursuivre quand on commence à dire 'Je m'voyais déjà », 'Je vous parle d'un temps', 'J'habite seul avec maman', 'Hier encore', 'Emmenez-moi', 'J'ai travaillé des années', 'Que c'est triste Venise' »

Un hommage binational et solennel pour un grand chanteur mort à l’âge de 94 ans.

Un grand hommage lui a été rendu aux Invalides par le Premier ministre arménien Nikol Pachinien, le Président de la république française Emmanuel Macron, quelque 200 personnalités et autres français et arméniens réunis autour de la famille et des proches du chanteur. L’hommage était simple mais solennel. « Amplement mérité et à son image », diront certains fans qui suivaient la cérémonie sur des écrans géants à l’extérieur.

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