RDC: Masses populaires et peuple ?

RDC: Masses populaires et peuple ?

La foule, c'est faire le "Plein" à Kinshasa

Un Congolais bien dans sa tête, son corps et esprit ne devrait pas être impressionné par une foule de fanatiques, suivistes et d’incultes rassemblés dans une rue de Kinshasa pour accueillir deux zozos, traîtres à la Nation, qui ont vendu le Congo alors qu'ils n'en ont pas droit ! Avides de pourvoir, certains candidats à l'élection présidentielle du 23 décembre prochain font pitié. Un leader est celui qui influence par ses pensées constructives et non le contraire. Certains décérébrés soutiennent le Moutonisme-Parnugisme-Populisme pour s'autoproclamer populaire.

En France, l'école est obligatoire et gratuite jusqu'à 18 ans. C'est pour forger les jeunes français à l'esprit critique pour mieux participer et contribuer à l'Etat de droit et la démocratie du pays. Tous petits les Français sont éveillés, les enfants connaissent leurs droits. L'Etat veille. Les parents sont tenus pour responsables, lorsque les enfants ne vont pas à l'école. A la sortie d'école, les enfants qui ne sont pas récupérés à temps, sont confiés à la police. C'est au Commissariat de police, qu'il faut se rendre pour récupérer son propre enfant. ça fout la trouille ! Des parents irresponsables et incapacitaires se voient retirer leurs progénitures sur en cas de mal traitance pour les placer dans d'autres familles d'accueil. Un Français de gauche t'expliquera l'histoire de la gauche française. Et répondra facilement pourquoi il est gauchiste et quelles sont les valeurs de la gauche. Quelqu'un de la droite française pourra clairement se définir.

La foule, c'est faire le "Plein" à Kinshasa

En République démocratique du Congo, on voit des centaines de drapeaux dans des meetings...Quel est ce congolais qui est en mesure de dire est les valeurs et idéaux de son parti ? Les partis politiques sont des ligablos qui disparaissent à la mort du fondateur. Ailleurs les partis politiques forment des citoyens. Les 36 ans d'opposition de l'Udps ne sont pas fameuses: division, désunion, radicalisme, sophisme... En République démocratique du Congo, quel est ce citoyen qui est à mesure de dire quelle est la ligne politique du PPRD-Parti-Etat ? du PALU ? de l'UDPS ? Ce dernier se bat pour l'Etat de droit et la démocratie ? Il n'y a ni Etat de droit ni démocratie en RDC. Mieux, l'UDPS a une milice des Talibans-Ethno-Tribalistes qui injurient des compatriotes, menacent des journalistes de la diaspora sous la bénédiction de Félix Tshilombo qui ne dénonce pas.

Comme le dit si bien notre compatriote Patrick Mbeko: Sous d’autres cieux, on mesure la grandeur d’un leader politique par sa vision, son intégrité, son intelligence, son sens élevé des responsabilités et j’en passe. Mais dans notre chère République à démocratiser du Congo, un « grand leader » est celui qui rassemble une foule de gens. Point. Qu’il soit inculte, faussaire et/ou truand, cela importe peu. C’est l’inversion totale des valeurs.

La foule, c'est faire le "Plein" à Kinshasa

"Stades pleins", "meetings pleins", "aéroports pleins" et après ? "Et après ?" est la seule petite question que plusieurs compatriotes, adepte de "la politique apparente" évitent de se poser. "Etre vu massivement serait en train de devenir l'unique critère de l'évaluation instantanée des "rassemblements politiques congolais".

''Etre vu massivement et instantanément'' semble marcher de pair avec le vide idéologique pouvant mobiliser les masses sur le court, moyen et long terme en vue de les transformer en masse critique capable de renverser les rapports de force.

Tout ceci est le résultat de la «Wengetisation» des cœurs et des esprits dans ce pays. Une « Wengetisation » entretenue par une musique devenue toxique et des politiques sans scrupules. « Plein na plein », scandaient avant-hier les fanatiques de l’UDPS et certains partisans de l’UNC. On se croirait à l’époque des polémiques JB-Werra. Incroyable ! Certains se sont même attaqués à JP Bemba et à Martin Fayulu au lieu de s’en prendre au pouvoir qui les chosifie. Pourquoi ? Parce qu’il faut prouver qu’on est plus «populaire» que l’autre. C’est tout. Et le programme politique, la question de l’insécurité à l’Est et de l’extrême pauvreté de la population, l’enjeu de la souveraineté du pays, etc. ? Ça peut toujours attendre. L’avenir de toute une nation est réduit à une histoire de « plein ». Difficile pour un étranger qui assiste à tel spectacle de croire un seul instant que ce pays est un enfer pour sa population. La plupart de nos compatriotes restés au pays ont l’esprit clochardisé ; ils ont été imbécilisés au point de devenir insensibles à leur propre souffrance. On ne les voit jamais manifester contre le viol des femmes à l’Est ; on ne les voit jamais manifester contre les politiques gouvernementales qui font d’eux des sous-hommes. Non. Ils sont dans les rues pour acclamer des politiciens sans scrupules qui se moquent éperdument d’eux.

En dehors de Mobutu Sese Seko, ''Président fondateur du MPR-Parti-Etat'', personne n'a, à ce jour, mobilisé les masses congolaises comme Monsieur Etienne Tshisekedi, icône de l'opposition congolaise. Personne. Pourtant, il n'a pas réussi, au Congo-Kinshasa, à renverser les rapports de force afin de rendre à ce pays sa souveraineté réelle. Il n'a jamais occupé le trône du Congo. 36 ans de lutte pour l'instauration de l'Etat de droit et démocratie qui peine à porter ses fruits.

Il est étonnant que la longévité d'Etienne Tshisekedi dans ''l'opposition'' et sa capacité de mobiliser les masses populaires, n'est rien réussi ! Ailleurs, en Bolivie, par exemple, les masses populaires transformées en peuple conscient de ses luttes historiques, de ses droits fondamentaux et en ses libertés fondamentales ont renversé les rapports de force en 2005 et donné le pouvoir (réel) à Evo Morales. Dans ce pays où les escadrons de la mort multipliaient les massacres et les assassinats, "les communautés se levèrent alors en masse. Elles chassèrent d'abord les commandos de l'armée, et finalement tous les représentants de l'Etat." Elles créèrent "un front de résistance. Son nom : le Movimiento al socialismo (MAS). De ce mouvement insurrectionnel populaire, Evo Morales émergea rapidement comme l'un des dirigeants." (J. ZIEGLER, 2008, p. 226)

Et la relecture de l'histoire de ces communautés montre comment elles s'inscrivent dans une longue tradition des luttes d'émancipation politique et de souveraineté. Une tradition transmise le soir autour du feu et à travers les livres archivés. L'enfouissement dans cette tradition a permis aux masses transformées en communautés responsables ayant renversé la pyramide hiérarchique de porter un des leurs au pouvoir.

Avant Evo Morales, Hugo Chavez avait connu le même sort au Venezuela. Élu chef de l'Etat, il fut sauvé d'un coup d'Etat impérialiste par la masse critique ayant la connaissance et la conscience de l'histoire de son pays.

Quand on connaît ces expériences des pays latinos et qu'on essaie de voir ce qui se passe au Congo-Kinshasa, on comprend que "le non-Etat" et "le non-pays" ait encore de longues années devant lui.

La fabrication instantanée des masses est une lutte constante contre la mémoire historique collective. "Les poids lourds" autoproclamés n'ont pas grand-chose à leur proposer en marge de "Kabila dégage". "Les masses vues et instantanées" ne se racontent aucune histoire des luttes passées. Kimpa Vita, Msiri, Kimbangu, Lumumba, ABAKO, Mulele, Kalamba, Kamwina Nsapu, etc. ne sont presque pas évoqués comme "ancêtres" au cœur de la mémoire des luttes. Il n'y a rien.

Les questions liées au néocolonialisme et au néolibéralisme comme ''paradigmes d'indignité et négatifs'' ne sont pas abordées. Bref, la lutte pour ''l'alternance au pouvoir-os'' aligne des chiffres en dollar pour faire rêver "les masses vues et instantanées" sans que les mécanismes de justice social et de contrôle citoyen soient proposés, connus et débattus.

Tel est, me semble-t-il, le contexte où les masses populaires appauvries anthropologiquement sont mobilisées, comme des moutons, pour aller aux élections-pièges-à-cons. Dans ce contexte, pendant plus d'un mois, les tueries et les autres massacres orchestrés à travers le pays vont être ignorés au nom de ''la campagne électorale'' pour ''les candidats providentiels''.

Et quand le système fondé sur le mensonge systémique aura accompli ses œuvres d'intensification de violence et/ou de tricheries et de fraudes aux élections-pièges-à-cons, ces masses populaires converties en ''moutons'' pourront, peut-être, (re) avoir leurs pieds sur terre en attendant un prochain "envoûtement". Non. Les masses appauvries, abruties, soumises et assujetties n'ont pas de mémoire.

Elles vivent au quotidien du "m'as-tu-vusme". Elles n'échappent pas au selfie massivement. Croire qu'il y a un peuple là où la connaissance et la conscience des luttes passées et présentes ainsi que celles de leurs enjeux manquent me semble être un leurre. Non. Là, nous avons des masses populaires.

 

Nous remercions vivement Babanya Kabudi "Génération Lumumba 1961" et Patrick Mbeko, d'éveiller l'esprit de notre peuple et réveiller la conscience de tout un chacun.

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