Oslo: Denis Mukwege pour un "Nuremberg congolais" contre l'impunité !

Oslo: Denis Mukwege pour un "Nuremberg congolais" contre l'impunité !

Oslo, dimanche 9 déc, Denis Mukwege à son arrivée pour la conférence de presse. Photo Réveil FM International

Il fallait montrer pattes blanches pour les journalistes accrédités au Nobel Institute à Oslo où les deux lauréats : la Yazidie Nadia Murad, ex-esclave des jihadistes devenue porte-parole de sa communauté et le gynécologue Denis Mukwege, 63 ans qui a soigné par milliers des victimes de violences sexuelles à l'Est de la RDC, devraient s'exprimer. La conférence de presse a duré 45 minutes, tous les journalistes sans exception ont pu poser leurs questions. Bravo donc à l'organisation et au professionnalisme de Monsieur Olav Njolstad, le directeur de l'Institut norvégien Nobel, qui a présidé la conférence de presse, en veillant à ce que qu'aucune main levée ne puisse être zappée ! Le Dr. Denis Mukwege étant congolais comme moi et Francophone de surcroît, je ne me voyais pas lui poser la question dans la langue de Shakespeare.

L'accréditation de Freddy Mulongo pour le prix Nobel de la paix. Photo Réveil FM International

Freddy Mulongo de Réveil FM International est le premier journaliste à qui est accordé le micro pour sa question en français, les autres confrères se sont tous exprimés en anglais. Ma question a été directe au lauréat du prix Nobel de la Paix 2018: "Monsieur Denis Mukwege ce prix Nobel vous honore et honore aussi la République démocratique du Congo, qui depuis 1960 vit les soubresauts politiques, manque de bonne gouvernance et atteintes massives aux droits de l'homme...Votre Prix Nobel allez-vous l'accrochez dans le mur de votre salon ou êtes-vous décodez maintenant à mettre vos mains dans le cambouis? Avec tous les crimes commis sur sol congolais êtes-vous d'accord avec les congolais qui réclament un Nuremberg congolais pour mettre fin à l'impunité ? Je vous remercie. Sa réponse a été au delà de mes attentes. "Il n'y a pas de paix sans justice ! Après le dialogue inter-congolais, les seigneurs de guerre ont été placés au sein de nos institutions républicaines. 20 ans après, vous remarquerez que nous n'avons toujours pas la paix. Je suis d'accord il faut que la justice se fasse pour des victimes congolaises. Nous devons tous contribuer à lutter contre l'impunité. Dans les conflits armés, (...) la transformation de corps de femmes en champ de bataille est tout simplement un acte inadmissible à notre siècle "

Denis Mukwege, qui a déjà reçu le prix Sakharov en 2014 "pour la liberté de l'esprit et pour son engagement auprès des femmes victimes de viols et de violences sexuelles, est un homme transfiguré ! Durant toute la conférence de presse, il a cité la RDC au moins une quinzaine de fois. On sent qu'il s'investit de plus en plus d'une mission, il devient Porte-parole de tout un pays. Denis Mukwege est porte l'étendard de la République démocratique du Congo. Le réparateur des femmes a mûri, il parle clairement et nomme des choses. Éveilleur des consciences au niveau international, Denis Mukwege est un leader Prix Nobel. Sa voix compte. Réparer les femmes, c'est bien mais s'occuper des causes de viols des femmes comme arme de guerre, c'est dénoncer le pillage des ressources en République démocratique du Congo. C'est dénoncer des rébellions factices créer pour massacrer des populations civiles et occuper des terrains. Avec un régime d'imposture de Kinshasa qui ne sait pas protéger ses propres populations, qui contribue aux magouilles où les apparatchiks vont une course effrénée à l'enrichissement personnel au détriment des victimes congolaises, on n'est pas sorti de l'auberge. « Ce ne sont pas seulement les auteurs des violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. S'il faut faire la guerre, c'est la guerre contre l'indifférence qui ronge nos sociétés », a déclaré Denis Mukwege lors de la conférence de presse.

Photos de la conférence de presse à Oslo

Olav Njolstad, les deux lauréats: Nadia Murad et Denis Mukwege, et Berit Reiss-Andersen, la présidente du comité Nobel.Photo Réveil FM International

Olav Njolstad, les deux lauréats: Nadia Murad et Denis Mukwege, et Berit Reiss-Andersen, la présidente du comité Nobel.Photo Réveil FM International

Denis Mukwege répondant à la question de Freddy Mulongo. Photo Réveil FM International

L'Irakienne Nadia Murad et le Congolais Denis Mukwege à la fin de la conférence de presse. Photo Réveil FM International

L'Irakienne Nadia Murad et le Congolais Denis Mukwege à la fin de la conférence de presse. Photo Réveil FM International

Se battre contre la barbarie: L’annonce avait été faite le 5 octobre dernier. La présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen avait alors expliqué ce choix en arguant : "Denis Mukwege est le sauveur qui a consacré sa vie à la défense de ces victimes. Nadia Murad est le témoin qui raconte les abus perpétrés contre elle-même et les autres. Chacun à sa manière, ils ont contribué à donner une plus grande visibilité aux violences sexuelles commises en temps de guerre afin que leurs auteurs puissent répondre de leurs actes".

Monsieur Olav Njolstad, le directeur de l'Institut norvégien Nobel lors du briefing avec des journalistes. Photo Réveil FM international

L'escalier du Nobel Institute à Oslo. Photo Réveil FM International

L'entrée du Nobel Institute à Oslo. Photo Réveil FM International

Denis Mukwege a demandé, au cours de la conférence de presse, aux Etats de lutter contre l’utilisation des violences sexuelles comme armes de guerre. "Nous devons tous nous approprier ce combat, cette lutte contre les violences sexuelles, y compris les Etats qui doivent cesser d’accueillir les dirigeants qui ont toléré ou pire utilisé la violence sexuelle pour accéder au pouvoir. Les Etats doivent tracer une ligne rouge contre l’utilisation des viols comme arme de guerre, une ligne rouge qui serait synonyme des sanctions économiques, politiques et des poursuites judiciaires. Poser un acte juste n’est pas difficile, c’est une question de volonté politique", a fait remarquer Denis Mukwege.

Lors de la conférence de presse, Nadia Murad a témoigné de l’importance "que justice soit faite à un moment ou un autre, rappelant qu’aucun membre de l’État islamique n’a été traduit en justice". "Notre objectif, c’est que ce prix ouvre des portes", a-t-elle ajouté. Dans la même veine, Denis Mukwege, souhaite que ce Nobel "ne soit pas considéré comme une victoire en soi" mais plutôt "comme le début d’un combat contre un mal qui ronge notre société  : la violence faite aux femmes dans les conflits".

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