09/03/2013

Christiane Taubira, garde des Sceaux et ministre de la Justice face aux journalistes étrangers à Paris

Christiane Taubira, garde des Sceaux et ministre de la Justice face aux journalistes étrangers à Paris

La loi sur le “mariage pour tous” qu'elle a présentée et défendue avec brio à l'Assemblée Nationale sera discutée au Sénat à partir du 2 avril. La nouvelle loi pénale axée sur la prévention de la récidive, la refonte de la justice des mineurs et la réforme constitutionnelle sont ses plus gros chantiers en préparation. Également d'actualité, la justice commerciale et la nouvelle organisation de la carte judiciaire de proximité... Les thèmes d'actualité suscitant débats en France ne manquent pas pour la conférence avec la garde des Sceaux Christiane Taubira au Centre d'Accueil de la Presse Étrangère (CAPE) le jeudi 7 mars 2013 que l'Association de la Presse Etrangère (APE) a d'ailleurs connu lors d'une première rencontre ... lors d'un voyage en Guyane en 1998! Madame la Ministre de la justice est une combattante pour l'égalité, de la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité. Face aux journalistes, elle ne fuit aucune question, elle répond à toutes avec poigne et convictions !

Paris, jeudi 7 mars, Christiane Taubira, garde des Sceaux et ministre de la Justice au CAPE. Photo Réveil FM

Quel journaliste ne connait pas la loi Taubira ? La loi Taubira, du nom de Christiane Taubira-Delannon, députée au Parlement français, 1ère circonscription de Guyane, rapporteuse de la loi, est une loi mémorielle française concernant la reconnaissance comme crime contre l'humanité des traites et des esclavages pratiqués à partir du XVème siècle sur certaines populations. Selon cette loi, ne sont donc pas considérées comme crime contre l'humanité : - les traites et esclavages pratiqués avant le XVème siècle (par exemple dans l'empire romain ou en Orient) - les traites et esclavages pratiqués après le XVème siècle à l'encontre de populations non-visées par la loi (par exemple les Européens réduits en esclavage par les corsaires algérois) .

Avec Christiane Taubira, c’est le monde à l’envers. La femme politique accusée d’avoir fait perdre les socialistes en 2002 est aujourd’hui couverte de roses. La gauche, c'est elle ! Dans le baromètre CSA- « Les Echos », la garde des Sceaux est la seule personnalité de gauche dont l'image progresse positivement. L'énergique ministre de la Justice grimpe de 8 points sur l'échelle de popularité du dernier baromètre CSA pour « Les Echos ». Les Français qui ont d'elle un image plutôt positive sont plus nombreux (40 %) que ceux qui l'apprécient plutôt négativement. Dans son bureau de la Chancellerie, les bouquets s’entassent. En quinze jours, Christiane Taubira, ovationnée, a fait la démonstration de son talent et pris une revanche aux allures de rédemption. Qualifiée au printemps de “maillon faible”, au moment de l’annonce de la constitution du gouvernement, sa prestation lors des débats sur le mariage pour tous l’a propulsée au rang de poids lourd de ce même gouvernement. Au même titre que Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur.

Christiane Taubira lors de la conférence de presse au CAPE. Photo Réveil FM

Une oratrice bien rôdée

D’un coup, en janvier 2013, la gauche au pouvoir a changé d’air. En lieu et place des “petites phrases” et autres “éléments de langage” aussi désincarnés que robotiques, Christiane Taubira a scotché son monde en citant René Char, Léon-Gontran Damas ou Emmanuel Levinas. En quinze jours, la garde des Sceaux a réintroduit dans la parole politique profondeur et complexité. Elle a séduit la gauche et dessoudé quelques adversaires.

Christiane Taubira traîne sur les bancs de l’Assemblée depuis 1993 où elle prend avec son parti Walwari une circonscription à l’hégémonique PSG (Parti socialiste guyanais). Ses discours lyriques séduisent les jeunes et les femmes. Pour les européennes de 1994, Bernard Tapie flaire le bon coup, la bombarde en quatrième position sur la liste Énergie radicale, qui emporte 12 % des suffrages, presque autant que Michel Rocard. “En meeting, elle était aussi bonne que Tapie, voire meilleure”, raconte Isabelle Boyer qui organisait sa campagne.

“Je sais que ma liberté est autant mon œuvre que mon risque”

“On n’a pas de charisme quand on a eu une vie de pot de yaourt”, rigole son amie Esther Benbassa, sénatrice EÉ-LV. Née en 1952, Christiane Taubira grandit à Cayenne dans une fratrie de six, sous l’égide d’une mère gaulliste et bourrée de principes. “Femme, noire, pauvre, quel fabuleux capital ! Tous les défis à relever”, ironise-t-elle dans Mes météores (Flammarion, 2012). Ses années d’étudiante l’éveillent à la politique. Elle lit Frantz Fanon, se coiffe comme Angela Davis et pleure Salvador Allende. Diplômée d’économie, elle fraye avec les indépendantistes guyanais, passé qu’elle ne renie pas.

“Je sais que ma liberté est autant mon œuvre que mon risque”, écrit-elle. Christiane Taubira a varié ses alliances et multiplié d’autant ses ennemis. En 2001, elle défend la loi qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est aussi la candidate du Parti radical de gauche à la présidentielle de 2002. Lionel Jospin, trop confiant, ne la retient pas. Elle obtient 2,32 % des suffrages. Le candidat socialiste est éliminé au premier tour et Taubira désignée responsable. La “dégelée de coups”, écrit-elle, s’abat. Dix ans plus tard, à la primaire socialiste, elle ralliera Montebourg.

Elle apprend à encaisser les coups

Femme, noire, de Guyane. En la nommant à la Chancellerie, Hollande réussit un coup. “Quand on vote FN, on a la gauche qui passe et on a Taubira”, déclare alors Jean-François Copé. “Pauvre Copé… Christiane, parce qu’elle est qui elle est et vient d’où elle vient, a toujours droit à son lot d’idées préconçues, de sarcasmes et de plaisanteries douteuses”, critique Bernard Tapie. Le 18 mai, pour sa première sortie comme garde des Sceaux, Christiane Taubira assiste à un match de basket entre détenus, dont l’un s’évade. Les snipers de l’UMP s’en donnent à cœur joie : “incompétente”, “angélique”. Elle qui n’a pas la langue dans sa poche choisit de se taire.

Christiane Taubira n'a pas bronché. Depuis des mois, la garde des Sceaux a toujours pris soin de laisser les sujets touchant à la famille et la santé (comme la PMA) hors du cadre du projet de loi sur le mariage pour tous. Ministre du code civil, elle sait que c'est d'abord elle qui restera dans l'histoire comme la ministre ayant ouvert le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, même si sa collègue de la famille, à ses côtés, ne ménage pas sa peine.

L'ancienne candidate à la présidentielle de 2002 (sous la bannière du parti radical de gauche), entrée en mai dernier dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, a pris une dimension nouvelle à la faveur du premier (le seul ?) grand débat parlementaire du quinquennat. À coups de discours offensifs face à la droite, la ministre a semblé réveiller la majorité après un début de quinquennat bien morne. Elle a même réussi à la ressouder alors que, sur d'autres sujets, la rupture du PS majoritaire est consommée avec le Front de gauche, et que les relations sont détériorées avec les écologistes.

Tout a commencé le 29 janvier, avec son premier discours pour présenter cette réforme. En une demi-heure, sans lire ses notes, Christiane Taubira rappelle l'histoire du mariage civil, la longue marche vers l'égalité républicaine que parachève cette loi. Du droit, rien que du droit, et un soupçon de poésie. « Nous sommes fiers de ce que nous faisons. Nous en sommes si fiers que je voudrais le définir par les mots du poète Léon Gontran Damas : l’acte que nous allons accomplir est “beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit s’épanouir enfin les pétales”. Il est “grand comme un besoin de changer d’air”. Il est “fort comme le cri aigu d’un accent dans la nuit longue”. La gauche l'ovationne.

Les députés sont subjugués. « Sous la cinquième république, il y a eu trois grands discours, explique le socialiste Bernard Roman : Simone Veil sur l'IVG, Robert Badinter lors de l'abolition de la peine de mort. Et Christiane Taubira. » Le réseau social Twitter se pâme. Des internautes se cotisent pour lui offrir un bouquet « géant » et récoltent 7 500 euros, qu'elle décide de reverser à l'association d'accueil des jeunes homosexuels Le Refuge.

Aux suspensions de séance, les députés se bousculent pour la saluer ou l'embrasser. Vendredi soir, Claude Bartolone fête son anniversaire pendant la séance, la soirée se termine à la buvette. Le lendemain, il lui organise une haie d'honneur surprise. Dans l'après-midi, le socialiste Nicolas Bays se glisse jusque son banc pour lui offrir un livre d'estampes japonaises. « Pour lui apporter douceur et sérénité », dit-il. En quelques jours, Christiane Taubira est devenue une mascotte. « C'est le moment Taubira », résume Christian Paul (PS).

À gauche, les compliments sont unanimes. Matthias Fekl (PS) : « C'est une femme extraordinaire qui donne beaucoup de dignité à ses débats. » Sa collègue socialiste Corinne Narassiguin : « Face à elle, la droite a du mal à imposer sa présence. » Alain Tourret (radical de gauche): « C'est un grand orateur. » Sergio Coronado (écologiste) : « Elle est géniale. » Marie-George Buffet (Front de gauche) : « Cette femme a une compétence réelle au niveau du droit, elle connaît ses dossiers. Mais surtout, elle donne du sens à ses propos. Quand on l'entend, on a l'impression d'être intelligent. »

« On est tous un peu amoureux de Christiane », s'amuse Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée.

Candidate à la présidentielle sous l'étiquette du parti radical de gauche en 2002, cette ancienne indépendantiste, députée de Guyane depuis 1993, a un temps été accusée au PS d'avoir divisé la gauche au premier tour. Et d'avoir contribué, avec 2,32 % des voix, à l'élimination de Lionel Jospin – en réalité, elle ne souhaitait pas se présenter et avait proposé d'être sa porte-parole de campagne, mais celui-ci avait refusé. Un épisode que certains députés UMP n'ont d'ailleurs pas manquer de lui rappeler au cours des débats...

« Elle incarne la gauche »

En 2012, elle soutient Arnaud Montebourg à la primaire socialiste. Elle entre ensuite au gouvernement par défaut, à la place de Jean-Michel Baylet, président du parti radical qui refusait de quitter la présidence de son conseil général. « Il fallait trouver un autre radical », explique Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois de l'Assemblée nationale.

De son ministère de la justice, elle était restée relativement discrète. Au début du quinquennat, la droite voyait même en elle un des maillons faibles du gouvernement et l'éreintait lors des séances de questions. Ces derniers mois, elle avait surtout fait parler d'elle pour les difficultés d'organisation de son cabinet, son caractère réputé pas facile, ou encore la relative lenteur de son équipe à mettre en œuvre certaines promesses de campagne de François Hollande en matière de justice.

Au deuxième jour du débat sur le mariage pour tous, la publication par son administration d'une circulaire sur les enfants nés de mères porteuses à l'étranger a d'ailleurs été jugée peu opportune par Matignon et l'Élysée, et déclenché les foudres de l'opposition.

Mais depuis le début de l'examen du texte sur le mariage pour tous, Christiane Taubira s'est révélée par quelques interventions très marquantes, qui ont souvent fait mouche face à l'opposition. « Elle a un truc que n'ont pas les autres ministres. On la voit comme la femme d'un combat. Elle parle sans notes, dans un français soutenu et avec une musicalité dans la voix qui nous emporte », détaille Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois. « Elle ne se contente pas de son charisme. Si elle sait parler à nos émotions, elle parle surtout à notre raison et notre intelligence. Ces interventions ne sont jamais “faciles”, toujours charpentées, argumentées, fines, précises... », explique Barbara Romagnan, de l'aile gauche du PS.

Ses interventions sont surtout des “précipités” de ces principes fondamentaux de la gauche (République laïque, démocratie, foi en l'éducation, référence aux Lumières qui émancipent, ouverture au monde, etc.), dont l'évocation galvanise immanquablement la majorité. « Quand elle parle, c'est sans compromis, explique Sébastien Denaja (PS). Elle assume tout. En plus elle n'est pas socialiste, donc elle incarne la gauche à merveille. »

Le 30 janvier, quand l'UMP Wauquiez demande un référendum sur le mariage pour tous, la réponse fuse, cinglante et ovationnée par son camp. « Nous posons les mots sur des sentiments et des comportements. Oui, il reste hypocrite de ne pas voir ces familles homoparentales et ces milliers d'enfants exposés au regard social réprobateur. Vous nous parlez des effets psychologiques sur les enfants, mais ces effets sont d’abord le fait du regard social, des discriminations, du rejet, du refus d’une citoyenneté !(...) Nous statuons en droit. Il s’agit ici de droits et de libertés. »

Mariage pour tous, Christiane Taubira !

Quelques heures plus tard, à 2 h 20 du matin, elle termine la première journée complète de débats par une salve de remerciements. Aux socialistes Patrick Bloche et Bernard Roman, « qui ont joué un rôle pionnier en la matière depuis de nombreuses années et ont eu raison de ne pas désespérer ». À Élisabeth Guigou, garde des Sceaux au moment du Pacs, « qui a marqué l’ouverture de quelques droits pour les couples homosexuels ». Elle cite les députés d'opposition Franck Riester et Yves Jégo, rares pro-mariage à droite, et l'ancienne ministre Roselyne Bachelot qui a « osé affronter » son camp.

Christiane Taubira évoque aussi la « désespérance » des jeunes homosexuels, le « suicide » de certains. Elle rappelle que « souvent dans l'histoire, c'est la mobilisation de groupes minoritaires qui a fait progresser le droit général sur les questions d'égalité ».

Christiane Taubira profite aussi de ce moment pour répondre à Bruno-Nestor Azerot, député de Martinique (apparenté Front de gauche), élu d'outre-mer comme elle, qui dans l'après-midi a dit son opposition au texte en invoquant l'esclavage, à la grande joie de l'opposition. « Au temps de l’esclavage les couples n’avaient pas le droit de se marier, car chacun, selon le code noir, était un bien meuble et appartenait, en cette qualité, au patrimoine de son maître, dit-elle. Il est certain qu’on ne reconnaît pas aux meubles le droit de se marier ! »

« La forme était bonne madame la ministre, je le reconnais », admettra le lendemain matin l'UMP Philippe Gosselin.

09/08/2012

Christiane Taubira, la Garde des Sceaux est un électron libre à la Justice !

Christiane Taubira, la Garde des Sceaux est un électron libre à la Justice !

Novice au gouvernement, la ministre de la Justice se révèle, à travers ses prises de position toujours tranchées, être une femme combative. Et très indépendante.

JUSTICE - "Ils peuvent toujours la taper, ces cons, elle est inébranlable!" confie Bernard Tapie à L'Express, évoquant les critiques dont Christiane Taubira est victime depuis sa prise de fonction.

Dans une interview accordée à Libération hier mardi, Christiane Taubira affiche des positions très tranchées, notamment sur les centres éducatifs fermés. La ministre de la Justice y affirme aussi ses ambitions avec fermeté, voire autorité, à l'image de sa personne. Grande surprise du gouvernement Ayrault, la Guyanaise est paradoxalement l'un des personnages les mieux armés pour affronter la dureté de la vie politique.

Dans ses Mémoires, Mes météores(Flammarion), elle avoue avoir "grandi dans une cour des Miracles" en Guyane, où elle a eu une enfance pauvre et difficile qui lui a forgé le caractère. "Christiane Taubira n'est pas gentille, elle n'a rien d'angélique. Elle est dure, autoritaire", assure dans Libération l'historien Pascal Blanchard, ami de la ministre. En politique, Christiane Taubira est réputée pour sa rugosité. Une femme de poigne qui reste insensible au feu de la critique.

"Elle est inébranlable"

Depuis son entrée au gouvernement en mai, la garde des Sceaux résiste à toutes les attaques, même les plus virulentes assénées par la droite. Accusée de "laxisme" par l'UMP ou de donner "mal à la France" pour reprendre les mots de Jean-Paul Garraud, membre de l'aile droite de l'UMP, Christiane Taubira ignore ou rétorque avec fougue.

"D'habitude, quand la boule puante arrive, je cogne et je la renvoie", confie d'ailleurs la ministre. Lorsqu'elle annonce la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, les critiques pleuvent. Mais Christiane Taubira encaisse les coups avec le sourire et dénonce sur son blog "ce tapage qui se veut intimidant mais ne saurait occulter l'essentiel".

"Ils peuvent toujours la taper, ces cons, elle est inébranlable!" confie à L'Express en mai dernier Bernard Tapie, son colistier aux élections européennes de 1994. "Elle a une volonté de fer, et des convictions qu'elle défend en se battant", estime l'homme d'affaires. Ainsi, elle se bat pour voir l'esclavage classé au rang de crime contre l'humanité. C'est chose faite en 2001 avec la loi Taubira.

Un électron libre ambitieux

Cette carapace, la ministre de la Justice se l'est créée pour forger son parcours politique. "Si vous n'êtes pas brutale en tant que femme, vous n'êtes pas élue. En tant que Noire, vous n'existez pas. En tant que domien, vous restez à la marge", résume Pascal Blanchard.

Son trajet en politique est marqué par un individualisme prononcé et une grande ambition. En 1993, elle est élue députée de Guyane sous l'étiquette du parti local Walwari, classé à gauche. Ce qui ne l'empêche pas de voter la confiance du gouvernement Balladur la même année. Un an plus tard, c'est sous les couleurs du Parti radical de gauche (PRG) qu'elle s'engage aux européennes.

Christiane Taubira n'a peur de rien et le prouve en 2002, lorsqu'elle se présente aux élections présidentielles contre Lionel Jospin. Aux yeux de certains socialistes, ses 2,32% seront longtemps marqués - comme les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement- du sceau de l'infâmie pour avoir précipité la défaite du Premier ministre PS.

En 2007, la députée de Guyane finit par soutenir Ségolène Royal mais accepte quelques mois plus tard une mission que lui confie Nicolas Sarkozy sur les échanges économiques avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. A la primaire socialiste de 2011, la ministre de la Justice, pourtant membre du PRG, soutient Arnaud Montebourg au détriment de Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical.

Son entrée au gouvernement n'adoucit guère son caractère. En quelques semaines, ses relations avec sa ministre déléguée Delphine Batho - au tempérament tout aussi trempé- tournent au vinaigre. A l'occasion du remaniement, la seconde est prestement réorientée vers le ministère de l'Ecologie.

De même, dans l'entretien accordé à Libération hier mardi, elle renvoie prestement la question du démantèlement des camps roms à son collègue de l'Intérieur, Manuel Valls.

Une ministre de la Justice indépendante

C'est bien pour son caractère que François Hollande a choisi Christiane Taubira comme ministre de la Justice. "La nommer à la chancellerie, quand on a, comme Hollande, fait campagne pour une justice indépendante, c'est un vrai signal", assure Bernard Tapie à l'Express. Bien que novice sur les questions de justice, Christiane Taubira est réputée pour être une grosse bosseuse. Elle a d'ailleurs déjà saisi à bras le corps quelques grands dossiers comme la suppression des peines planchers.

Elle est appréciée des syndicats de la Justice aussi bien pour sa feuille de route que pour son style affable. "Nous nous sommes rencontrés le 29 mai lors d'un entretien d'une heure dans son bureau. L'échange a été courtois et détendu. Elle prenait des notes sur un calepin. Alors qu'elle venait d'être nommée, elle m'a parue extrêmement au fait des problématiques judiciaires", avait confié Christophe Régnard, président de l'Union Syndicale des Magistrats dans une interview au Nouvel Obs.

Il faut sortir du «fantasme» selon lequel les Centres éducatifs fermés (CEF) constituent «la» solution en matière de délinquance juvénile, a jugé la ministre française de la Justice, semblant remettre en cause l'engagement de François Hollande d'en doubler le nombre.

Christiane Taubira a déclaré mardi dans les colonnes de Libération avoir arrêté la transformation de 18 foyers en CEF et avoir lancé une inspection d'évaluation sur ces centres. «Il faut sortir du fantasme CEF. Il faut arrêter de dire que c'est 'la solution'», a estimé la Garde des sceaux, se disant ouverte aux solutions d'accueil en milieu ouvert où le taux de non-récidive serait selon elle de 80%.

Le candidat à l'élection présidentielle François Hollande s'était engagé à doubler le nombre de ces centres. «Je doublerai le nombre de centres éducatifs fermés pour les mineurs condamnés par la justice en les portant à 80 durant le quinquennat», indiquaient ses engagements de campagne.

«Les courtes peines génèrent de la récidive»

Christiane Taubira s'est par ailleurs montrée très critique envers les courtes peines de prison, en partie responsables selon elle de la surpopulation carcérale et du taux important de récidive des délinquants. «Il y a des années qu'on sait que la prison sur les courtes peines génère de la récidive, c'est presque mécanique. Il faut arrêter! Ca désocialise, ça coûte cher et ça fait de nouvelles victimes», a-t-elle fait valoir.

Elle a aussi assumé la décision de nommer Philippe Courroye, magistrat emblématique de l'ère Sarkozy, au parquet général de Paris. «Je suis Garde des sceaux, je prends mes responsabilités», a-t-elle indiqué.