02/05/2012

Débat télévisé-radiodiffusé entre François Hollande -Nicolas Sarkozy à Paris !

Débat télévisé-radiodiffusé entre François Hollande -Nicolas Sarkozy à Paris !

La vraie régulation des médias en République démocratique du Congo a été plombée depuis 2006 par un requin mangeur à tous les râteliers. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, Modeste Mutinga Mutuishayi et sa fameuse Haute Autorité des Médias (HAM) ont privé 65 millions des Congolais d'un débat démocratique inscrit dans la Constitution de Transition entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. Et en novembre 2011, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et Communication (CSAC), la petite sœur siamoise de la HAM n'a pu rien faire, à cause du tripatouillage de la Constitution de Liège qui a ramené les scrutins de deux tours à un tour pour faire élire Joseph Kabila. Ce dernier avec son hold-up électoral, a pris la résolution de diriger la République démocratique du Congo par défi. Illégitime et illégal, Joseph Kabila n'est pas le Président de la RDC. A Paris, ce soir à 21h, les Français seront branchés pour suivre Nicolas Sarkozy et François Hollande dans un débat démocratique.

François Hollande et Nicolas Sarkozy

Le plateau prévu pour le débat télévisé d'entre deux tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy

Lutte d'arguments, mais aussi et avant tout lutte d'images : le seul et unique débat télévisé d'entre-deux-tour qui oppose, ce soir, Nicolas Sarkozy et François Hollande a été préparé et pensé au millimètre à la fois par les chaînes de télévision et par les états-majors politiques des deux camps. Rien n'a été laissé au hasard, et tant la mise en scène que les sujets abordés tout au long de cette rencontre ont fait l'objet d'âpres négociations. Le débat sera animé par les journalistes Laurence Ferrari (TF1) et Davis Pujadas (France 2), dans un décor que les deux chaînes ont décrit comme "sobre et neutre". En image de fond : le palais de l'Elysée. Mis gracieusement à la disposition des médias souhaitant le retransmettre, le débat sera diffusé simultanément sur BFM-TV, iTélé et LCI et France24 ainsi que par RTL, RMC, Europe 1, France Inter, France Info et RFI.

A qui donner l'avantage (ou la difficile responsabilité) de lancer le débat ? La question a été réglée par tirage au sort : c'est le candidat PS qui a été désigné pour ouvrir le bal des prises de parole à 21 heures, dans un studio de la Plaine Saint-Denis où chaque détail technique a été réglé en accord avec les deux délégations. Les responsables de la communication du président sortant et de son adversaire socialiste, Franck Louvrier et Manuel Valls, ont réglé les derniers détails mardi. Les équipes de campagne de Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont mises d'accord pour que le débat télévisé entre les deux candidats à l'élection présidentielle ne dépasse pas deux heures et demie. Outre la durée du débat, elles se sont accordées sur la température du studio (19 à 20° C) et ont décidé de changer les sièges afin qu'ils soient réglables en hauteur. Le réalisateur, Jérôme Revon, connu notamment pour avoir mis en images plusieurs Jeux olympiques, disposera de 20 caméras, dont une grue pour les plans larges et chaque candidat pourra consulter son temps de parole sur compteur. Cette année, la table sera longue de 2,50 mètres, contre 2,20 mètres en 2007.

Sur le plan de la thématique, les deux co-organisateurs, TF1 et France 2, ont voulu partir des soucis prioritaires des Français (le pouvoir d'achat et l'emploi) pour aller jusqu'à la politique étrangère et l'Afghanistan, en passant par la dette, les questions de société (immigration) et le style de présidence que les deux hommes veulent incarner. Des risques d'orages menaceront en permanence ces prévisions, comme les affaires impliquant Dominique Strauss-Kahn, les soupçons de financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 ou les accusations portées par le chef de l'Etat contre le site d'information Mediapart. Autre incertitude pesant sur la thématique qu'aborderont les deux candidats, leurs équipes de campagne sont tombées d'accord pour modifier le cahier des charges du Conseil supérieur de l'audiovisuel, afin de permettre aux animateurs du débat d'interroger les deux candidats sur un événement majeur qui interviendrait au cours de l'émission.

En plus d'une avalanche de notes, François Hollande pourrait mettre à contribution son directeur de la communication, Manuel Valls, pour répéter le débat. "Petit, nerveux, très droitier, il est très bien dans le rôle" de Nicolas Sarkozy, s'amuse un fin connaisseur des couloirs de Solférino. De son côté, l'équipe Sarkozy espère que ce rendez-vous aidera son champion à refaire son retard, en séduisant les électeurs du Front national et de François Bayrou, les indécis et les abstentionnistes. Le chef de l'Etat sortant a donc prévu de consacrer toute la journée de mercredi à sa préparation. Mais Emmanuel Rivière, de TNS Sofres, tempère : "On n'a jamais vu un débat entre deux tours faire bouger le rapport de forces de plus d'un point".

Et si le fameux débat télévisé de l’entre-deux tours avait plus d’impact qu’on ne le répète ? Il n’existe certes aucun précédent où ce duel des finalistes de l’élection présidentielle a inversé la tendance. Les politologues s’accordent même à lui attribuer une influence minime sur le vote, de l’ordre d’un point au maximum.

Mais le présent n’est pas obligatoirement une répétition du passé. Tous les instituts de sondage notent une réduction de l’avance de François Hollande sur Nicolas Sarkozy depuis le 22 avril. Elle est passée de 55% à 53,5% des intentions de vote selon l’enquête en continu de l’Ifop. Le dernier coup de sonde de BVA révèle la même évolution : le candidat socialiste perd un point (53,5% contre 54,5%) en une semaine. Ipsos le créditait, en fin de semaine dernière, de 53% au lieu de 54% le jour du premier tour.

L’écart entre les deux candidats dans les mesures les plus récentes reste cependant important. Un président nouvellement élu n’a jamais recueilli, dans le cadre d’un affrontement droite-gauche, plus de 53,1% des suffrages exprimés sous la Vème République. Ce record avait été atteint par... Sarkozy en 2007.

L’enjeu de l’écart

 

La tendance actuelle au rééquilibrage des intentions de vote donne au débat du 2 mai un relief particulier. Les chances du candidat de l’UMP de renverser suffisamment la vapeur pour décrocher une victoire à l’arraché semblent infimes. L’enjeu réside bien plus dans l’ampleur de sa défaite.

Il n’est pas indifférent que le président sortant soit battu largement (46-47%) ou pas (48-49%). On peine à croire qu’il puisse abandonner définitivement la vie politique comme il l’a promis en cas d’échec. Sa stratégie de l’entre-deux tours, axée sur la récupération des voix du FN, est révélatrice d’un choix visant à limiter l’ampleur de l’insuccès, sans doute pour préserver l’avenir.

Symétriquement, Hollande ne sera pas dans la même position s’il arrive à l’Elysée avec une belle victoire (53-54%) ou un succès plus court (51-52%).

Beaucoup de sceptiques

La portée du débat de 2012 tient d’abord au manque d’enthousiasme que suscitent les deux finalistes. Dans l’ultime sondage Ifop, seulement 39% des électeurs disent souhaiter « au fond d’eux-mêmes » la victoire de Hollande et 34% celle de Sarkozy. A moins d’une semaine du second tour, 21% répondent « ni l’un ni l’autre » à cette question tandis que 6% ne se prononcent pas. C’est beaucoup.

L’affrontement télévisé influencera peut-être ces sceptiques qui ne sont pas tous certains de se rendre dans les bureaux de vote le 6 mai. Il devrait avoir un impact particulier sur l’électorat lepéniste et bayrouiste. Une enquête TNS-Sofres indique que 17% des spectateurs potentiels jugent que le débat pourrait changer leur vote, ce pourcentage grimpant à 38% chez les électeurs de Bayrou et à 30% chez ceux de Le Pen !

Malgré la « drague éhontée » à laquelle s’est livré Sarkozy à l’endroit de l’électorat du FN, selon l’expression de Marine Le Pen, les reports de voix restent médiocres. Dans les dernières enquêtes, le Président sortant reste scotché à environ une moitié d’électeurs lepénistes qui ont l’intention de venir à son secours dimanche prochain.

Le sondage en continu de l’Ifop indique certes une amélioration lente de ces reports. Mais le redressement de Sarkozy tient presque autant à sa progression dans l’électorat du MoDem, dont une majorité relative a basculé de la gauche à la droite depuis le 22 avril. Et, dans ces deux électorats, la proportion de ceux qui ne se prononcent pas reste élevée.

La ligne des frontières

Quoi qu’on en pense, la ligne des « frontières » martelée par le Président sortant peut être d’une certaine efficacité électorale. Elle prend appui sur deux inquiétudes répandues dans la société française : l’immigration mal maîtrisée et le libre-échange incontrôlé.

Comme par hasard, ce sont deux sujets sur lesquels le candidat de la gauche n’est pas à l’aise. Sur l’immigration, Hollande est tiraillé entre sa prudence personnelle et la charge idéologique qui s’attache à cette question pour la gauche. Son orientation n’est pas non plus d’une clarté cristalline en matière de « juste échange ».

Sarkozy ne manquera pas d’appuyer sur ces points lors de la confrontation du 2 mai. Hollande va devoir faire « ce qu’il déteste, être franc », se réjouissait, à l’avance, le candidat de la droite. « Demain, la pêche à l’anguille est ouverte », annonçait Jean-François Copé avec gourmandise. Ce sport n’est, paraît-il, pas très compliqué. A ce détail près que l’anguille mord surtout à la tombée de la nuit. Et que la pêche nocturne est interdite.