19/11/2012

François Bayrou, meilleur porte-parole de François Hollande?

François Bayrou, meilleur porte-parole de François Hollande?

Dans un entretien au Parisien dimanche, François Bayrou a encore salué "le cap" de François Hollande, qu'il juge "courageux" et "exigeant".

François Bayrou et François Holande à l'Elysée.


Bayrou : "je n'appartiens pas à la majorité" par Europe1fr

Le président du MoDem a une nouvelle fois fait l'éloge du chef de l’État dimanche. Un signe? Harlem Désir, premier secrétaire du PS, a présenté samedi la nouvelle équipe du parti, "en ordre de marche pour soutenir François Hollande." Mais si le meilleur soutien du gouvernement était en réalité François Bayrou? En ces temps de fortes tensions à gauche, le président du MoDem n'en finit plus de faire l'éloge de l'action du président. Dans un entretien au Parisien dimanche, il a encore salué "le cap" du chef de l’État, qu'il juge "courageux" et "exigeant".

"Le cap que François Hollande a annoncé est courageux: il va entraîner des conséquences très exigeantes et même très rudes", a expliqué le centriste, citant l'économie voulue par le gouvernement de "30 milliards d'euros sur la dépense publique entre 2013 et 2014, 60 milliards en tout d'ici 2017".

"Hollande va dans la bonne direction"

"François Hollande est un président convaincant. Il occupe parfaitement la fonction", avait-il déjà salué mardi après la conférence de presse du chef de l'Etat. "La politique de l'"offre"" qui mobilise l'action gouvernementale vers le soutien aux entreprises me réjouit", avait-il confié à Public Sénat. "Elle était celle que nous attendions et que d'ailleurs nous prévoyions".

Le leader centriste, qui attend maintenant "les actes" qui suivront les annonces, n'en est pas à ses premiers éloges de François Hollande. Il avait déjà annoncé qu'il voterait pour lui au second tour de la présidentielle. En septembre, interrogé par le JDD sur les premiers mois du quinquennat, François Bayrou avait également fait crédit au chef de l’État d'avoir "su créer un climat moins tendu" et d'avoir "rééquilibré le jeu européen".

"La gauche est sortie du principe : 'on réussit en dépensant plus d'argent public.' François Hollande s'est en effet engagé à plus de discipline budgétaire. Il s'est rangé derrière le traité budgétaire européen, que je soutiens. Il a annoncé une réforme du droit du travail et du financement de la Sécurité sociale. Cela va dans la bonne direction", avait, enfin, vanté le centriste fin septembre sur Europe1.

"Quelle est la vraie majorité?"

Mais attention : "je n'appartiens pas à la majorité de gauche", s'était alors empressé de préciser François Bayrou. Le centriste avance l'argument de l'indépendance pour se justifier. Selon lui, le centre a trop longtemps été identifié à droite. "Un centre de droite, par définition, cela ne veut rien dire, déclarait-il fin septembre. Mais je ne me sens pas faire partie de la majorité présidentielle de gauche. Je reste vigilant et exigeant vis-à-vis de François Hollande."

Pourtant, certains, au MoDem, rêvent d'une coopération poussée avec le gouvernement et ne s'en cachent pas, à l'image du vice-président Jean-Luc Bennahmias. "Bientôt se posera la question de savoir quelle est la vraie majorité, étant donné qu'un certain nombre d'alliés des socialistes ne votent pas avec eux sur des sujets importants", remarquait-il vendredi, interrogé par Le Figaro.fr.

"Premier ministre, c'est son rêve"

Dans le viseur à court terme : les municipales de 2014. Personne au PS ni au MoDem n'exclut des alliances électorales locales. Mais pour le reste - une participation au gouvernement par exemple - les deux partis sont divisés. "Ma voix n'est pas majoritaire", reconnait Jean-Luc Bennahmias. Et l'exécutif refuse pour l'instant d'ouvrir sa porte au centre.

Ultime hypothèse : celle d'une dissolution de l'Assemblée qui ferait suite à un contexte de crise. Selon certains de ses détracteurs, François Bayrou envisage un tel scénario afin de prendre les rênes d'un gouvernement de coalition. "Il confond indépendance et isolement. L’indépendance n’est pas de dire non à tout le monde. Il finira dans le gouvernement de Hollande. C’est son rêve.

Et ça sera son chant du cygne", raillait ainsi le 17 octobre dans VSD le président du Nouveau centre, Hervé Morin.

05/05/2012

François Bayrou, sa "rupture historique" avec la droite-droitière et droitisante !

François Bayrou, sa "rupture historique" avec la droite-droitière et droitisante !

C'est une vraie surprise. Et l'aboutissement d'une révolution personnelle. C'est, aussi, le dernier coup de théâtre de la campagne, un ultime coup dur pour un Nicolas Sarkozy déjà en mauvaise posture.

Paris, jeudi 3 mai, François Hollande à son siège de MoDem


Bayrou ou Sarkozy, une voix vaut une voix par Europe1fr

Jeudi 4 mai, François Bayrou a cessé de tergiverser. A 19 h 20, après s'être isolé dans son bureau du MoDem, rue de l'Université, àParis, pour choisir ses mots, il est venu, face aux caméras, annoncer une position claire pour le second tour. Il votera, sans faux-fuyant, pour François Hollande. M. Bayrou, pour autant, n'a pas donné de consigne de vote aux 9,1 % d'électeurs qui ont voté pour lui au premier tour, en expliquant qu'il "respecte les expressions différentes" au sein de son parti, le MoDem.

Unanimité

C'est une drôle de journée, où tout a basculé. Quand M. Bayrou a-t-il pris sa décision ? "Le matin", pense un proche. "Dans la nuit", spécule un autre. Jusqu'à la veille, l'hypothèse dominante était, pour lui, d'annoncer un vote blanc.

Mercredi soir, il a regardé à la télévision, chez Marielle de Sarnez, sa fidèle directrice de campagne, le débat télévisé entre M. Hollande et M. Sarkozy, en compagnie de Philippe Douste-Blazy, Robert Rochefort et Bernard Bosson. Dans la petite assemblée, une même analyse est partagée : le candidat du PS s'est imposé. "François m'a semblé agacé par cette unanimité", raconte un participant.

Jeudi matin, M. Bayrou a réuni son comité stratégique de campagne, pour évoquer la décision à prendre. Dans l'après-midi, il a convié le conseil national du MoDem, sorte de parlement de son parti, pour poursuivre la discussion. Puis il s'est exprimé.

"Obsession des frontières"

"J'ai examiné, depuis deux semaines, l'évolution du second tour de l'élection présidentielle", a affirmé M. Bayrou. Le président du MoDem y a vu, selon ses termes, un Nicolas Sarkozy qui "s'est livré à une course-poursuite à l'extrême droite", avec une "obsession de l'immigration" et une "obsession des frontières". "Je ne veux pas voter blanc, ce serait de l'indécision", a jugé le député des Pyrénées-Atlantiques. "Reste le vote pour François Hollande. C'est le choix que je fais", a-t-il dit.

M. Bayrou ne signe pas un chèque en blanc au candidat socialiste. "J'ai dit ce que je pensais de son programme économique. Je pense que ce programme est inadapté à la situation du pays", a-t-il poursuivi. Mais, juge-t-il, dans une phrase qui ressemble à un appel, "devant cette crise inéluctable, il n'y aura qu'une attitude possible : une unité nationale qui réunira des femmes et des hommes venus d'horizons différents, pour permettre au pays de se ressaisir".

"Si François Hollande en reste à la gauche classique et à son programme, je serai un opposant, dans une opposition vigilante et constructive", a-t-il précisé. Et d'ajouter : "Je ne suis pas, et ne deviendrai pas, un homme de gauche." Durant la journée, la rumeur de son choix a circulé. "On a compris, mais il n'a rien dit clairement à personne", rapporte un membre de la direction du MoDem.

Large majorité

Jeudi matin, M. Bayrou a testé, en un tour de table, la position des quelque trente membres de son comité stratégique. Une large majorité a affirmé un vote en faveur de M. Hollande. Pas un n'a exprimé un choix en faveur de M. Sarkozy. Les sénateurs Jean Arthuis et François Zocchetto, qui ont pris position en faveur du président, n'étaient pas là. L'affaire était pliée.

"Ce n'est pas ça qui l'a convaincu, mais l'avis de ses amis, depuis quelque temps", estime cependant le secrétaire général adjoint du MoDem, Christophe Madrolle. "Il a compris qu'il n'y aurait pas de casus belli, que l'unité ne serait pas mise en cause", analyse Jean-François Martins, le directeur de la communication du MoDem.

"Rupture historique"

Lors du conseil national, l'après-midi, M. Bayrou a écouté les prises de position des partisans d'un choix en faveur du candidat socialiste, du candidat de l'UMP ou d'un vote blanc, sans s'avancer personnellement. Mais quand Mme de Sarnez a dit qu'elle se prononcerait pour M. Hollande, en expliquant que le discours de M. Sarkozy sur les frontières, à Toulouse, l'avait convaincue de choisir, tout le monde a compris. "C'est émouvant. Une rupture historique. C'est énorme, ce qui se passe", a confié en sortant avant la fin une représentante du MoDem marseillais, Florence Bistagne.

En disant clairement qu'il votera pour M. Hollande le 6 mai, M. Bayrou poursuit, en franchissant un grand pas, la mutation qu'il avait commencée en 2007. Entre les deux tours, il avait alors confié, en rupture avec la tradition de centre-droit de l'UDF, qu'il ne voterait pas pour M. Sarkozy. S'étaient ensuivies cinq difficiles années de solitude politique. La quasi-totalité des députés qui le soutenaient ont quitté leur collègue des Pyrénées-Atlantiques pour s'arrimer à l'UMP, assurant ainsi leur réélection.

Ressouder la famille

Ces derniers jours, M. Bayrou affirmait qu'il voulait ressouder la famille centriste éparpillée, depuis 2002, dans la lente désagrégation de l'UDF. Il a parlé, au téléphone, avec Hervé Morin, le président du Nouveau Centre, après s'être entretenu avec le premier ministre, François Fillon, pendant le week-end. Il a également rencontré Jean-Louis Borloo, le président du Parti radical.

M. Bayrou s'est rendu compte de la difficulté de la tâche. Chantre du centre "indépendant", il s'est heurté, chez ses interlocuteurs, à l'axiome de François Mitterrand : "Le centre n'est ni à gauche ni à gauche." "Cette fois, il coche la case, il démontre que le centre est indépendant", se félicite M. Rochefort.

"Il n'y avait pas d'autre solution. Il vaut mieux s'emmerder avec un type responsable comme Hollande qu'avec les centristes. Face à eux, même Sisyphe aurait abandonné. Et il ne pouvait pas ne rien dire. L'année 2007 a été un échec stratégique. Il s'est retrouvé au rancart pendant cinq ans", estime un proche, qui ajoute : "Mais c'est dur pour François Bayrou. Il s'arrache à une famille, à une histoire."

L'axe Bayrou-Hollande a vu le jour, en réalité, il y a deux ans. Les deux hommes ont alors beaucoup échangé, d'accord sur l'essentiel. La campagne les a ensuite éloignés, M. Bayrou répétant qu'il trouvait le programme du socialiste "insoutenable". "Les valeurs l'ont emporté", constate son ami Bernard Lehideux.

La suite reste à écrire. La balle est dans le camp de M. Hollande. Le centriste peut-il espérer un groupe à l'Assemblée nationale ? "La partie va être très, très serrée. On va voir comment, dimanche soir et lundi, François Hollande répond à tout ça", estime Jean-Luc Bennahmias, vice-président du MoDem.

"C'est une vraie transgression. Mais il n'y avait, de toute façon, pas de solution qui fabriquait des élus", constate M. Rochefort. Voilà François Bayrou devant une feuille blanche.