02/06/2012

Le débat Marine Le Pen- Jean-Luc Mélenchon tourne à la foire d'empoigne

Le débat Marine Le Pen- Jean-Luc Mélenchon tourne à la foire d'empoigne

Législatives françaises, dans le Nord, le duel Front de gauche contre Front national occulte tout le reste. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se sont livrés à une vive passe d'armes samedi lors d'un débat sur France3 Nord/Pas-de-Calais au sujet du "faux tract" du candidat du Front de gauche diffusé par le FN dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Ce tract, sur fond vert, la couleur de l'islam, comporte la photo de Jean-Luc Mélenchon et l'une de ses phrases prononcées lors d'un discours à Marseille, le 14 avril: "Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb".

Sur le plateau, Marine Le Pen a accusé Jean-Luc Mélenchon d'être un "immigrationniste fou", lui lançant "faut assumer dans la vie". "C'est pas une fausse phrase, c'est un phrase qui a été prononcée", a-t-elle poursuivi. Elle a jugé "quand-même assez pathétique" ce qu'elle a qualifié de "pleurnicheries de chochotte" : "n'ayez pas honte de vos positions, Jean-Luc Mélenchon, vous avez envie d'ouvrir la circonscription aux Roms, (...) aux clandestins". Le Pen/Mélenchon : "Gorilles" contre "chochottes" par France3Nord-Pas-de-Calais

"On a le droit d'avoir un débat sur l'immigration"

"Aux martiens, madame", lui a répondu sur le ton de l'ironie le candidat du Front de gauche. "On a le droit d'avoir un débat sur l'immigration", a-t-il poursuivi, dénonçant la "phobie" de Marine Le Pen, qui "ne pense qu'à ça". Il a affirmé qu'il y a dans la circonscription "moitié moins d'immigrés que dans le reste du pays et il y a deux fois plus de chômage". "Il y a déjà un rapport que vous ne pouvez pas établir", a-t-il poursuivi, accusant Marine Le Pen de passer son temps à "dresser les gens les uns contre les autres".

"Vous avez sorti un petit tract, et vous vous êtes fait serrer, vous et vos gorilles qui les diffusez, oui oui, nous vous avons attrapés !", a-t-il poursuivi, rappelant qu'une plainte a été déposée. "Si je n'avais pas fait ça, vous ne l'auriez pas reconnu", a-t-il ajouté. "Si j'avais voulu faire ça en secret, je n'aurais pas envoyé mes 100 militants en plein jour", a répondu Marine Le Pen, qui avait promis d'autres tracts.

"Vous êtes stupides, toute cette équipe. (...) Nous ne pouvons plus avoir d'élection honnête si chacun d'entre nous se met à éditer des tracts avec le portrait de l'autre", a-t-il poursuivi. "Je ne suis pas un immigrationniste fou, c'est vous qui commencez à dérailler dans cette affaire", a-t-il dit.

02/04/2012

Présidentielle 2012: Jean-Luc Mélenchon, le grand poète national

Présidentielle 2012: Jean-Luc Mélenchon, le grand poète national

Jean-Luc Mélenchon est né à 60 ans. Auparavant, il n'avait été qu'un second couteau au sein du Parti Socialiste, talentieux et insatisfait. Toujours mêlé aux tentatives de fortifier l'aile gauche du PS, toujours déçu, il avait été bizarrement le benjamin du Sénat, un lieu où il détonait sans franchir les bornes, puis ministre modeste et loyal du gouvernement Jospin. Sa véritable vocation, Il l'avait découverte aux meetings des partisans du non au référendum européen de 2005. Là, aux côtés de Marie-George Buffet ou Olivier besancenot, il était vite devenu le plus applaudi. Son éloquence torrentielle, sa verve insolente, ses dénonciations furibondes enchantaient le public.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Font de Gauche, à 15% d'intentions vote, marche sur les plates-bandes socialistes.

L'ex-trotskiste, l'éternel militant, l'homme politique impatient d'un destin avait compris que son avenir était là, en figure de proue de la gauche anticapitaliste. Départ du PS, fondation du Parti de gauche, conquête de l'investiture communiste et soudain, avec la campagne présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon est enfin devenu Jean-Luc Mélenchon, le premier tribun de France, l'imprécateur à la mode, le procureur enfièvreé de l'infâme société française, le polémiste le plus saignant. La France retrouvait l'un de ses archétypes politiques les plus populaires: le grand poète national en colère.

Ce n'est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon aime lire quelques paragraphes bien choisis de Victor hugo pour clore ses meetings. La France a toujours mêlé la politique, l'histoire et la littérature. Le candidat du Front de gauche, cultivé,irqscible et bretteur, trouve là la source naturelle de son inspiration. En 1848, l'homme le plus populaire de l'hexagone s'appelait Lamartine.

Sous le second Empire et durant lescommencements de la IIIe République, la figure de Victor Hugo resplendissait. L'écrivain, le poète régnait sur le débat public. Par ses livres, par ses vers, par ses exils, par ses discours, par ses interventions parlementaires, Victor Hugo supplombait la scène culturelle et politique, accessible et démesuré, farouche et emporté, incomparable procureur, propagandiste flamboyant, généreux et injuste, visionnaire et rêveur. C'est dans ses pas, c'est à sa suite que s'inscrit Jean-Luc Mélenchon.

On peut évidemment en faire deux lectures. Il ya le candidat, rugissant de tribune en tribune, tempêtant de studio en studio, avec son tempérament dévastateur, ses emportements incessants, ses trouvailles cocasses et ses injures déplaisantes. Il n'a d'indulgence pour personne hormis pour lui-même. Il traite François Hollande de "Capitaine de pédalo" ( la vanne la plus méchante de la campagne, tous candidats réunis), Marine Le pen de " semi-démente", les journalistes femmes qui ont le malheur de lui déplaire de "perruches", les journalistes hommes qui le contrarient de "laquais".

En revanche, il s'offusque d'être attaqué à son tour et se transforme aussitôt en grand persécuté. Tel quel, il marque des points, avance dans les sondages, frappe l'opinion.

A bastille il a attiré la foule la plus gigantesque que l'on ait vue depuis les manifestations célèbres des grandes grèves de 1995: 120 000 personnes à la Bastille.

Il ya , dans cette campagne française de la présidentielle 2012, un phénomène Méelenchon. Si ses scores actuels se confirment, il pèsera lourd sur le second tour, contraignant peut-être François Hollande à se radicaliser-c'est l'éspérance de la droite-entraînant néamoins ses électeurs derrière le candidat socialiste, effarouchant en revanche les bataillons centriste. Il aura compté. Jean-Luc Mélenchon aura surtout ressuscité la par du rêve. Dans cett campagne française, il y a les protagonistes du possible (François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy), il y a les porteurs de cauchemars (Martine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan) et il y a Jean-Luc Mélenchon, le grand poète national, l'homme qui incarne l'utopie, qui agite les chimères, qui prophétise un autre monde où régnerait la justice, où trônerait l'égalité, où s'épanouirait la vertu.

Ce serait la revanche des Misérables, le triomphe des Châtiments, une authentique république socialiste, un gouvernement en cravate rouge. Les marchés seraient domestiqués, le capitalisme serait éradiqué, les grandes entreprises seraient réquisitionnées.

Comme au XIXe siècle, la France s'enflammerait, l'Europe flamberait. Les voisins de la France se convertirait, on réaliserait les Etats-Unis de l'Europe du père Hugo, on réussirait la VIe République.

Ce serait l'heure des comptes et le carillon du changement.

On pourrait de nouveau inventer, imaginer, espérer, mobiliser: Ce serait la revanche du romantisme incandescent sur les contraintes et les épreuves des alternances prosaïques.

C'est le livret de l'opéra mélenchonien. S'il n'était pas joué, à défaut, alors il faudrait que Jean-Luc Mélenchon se contente, faible exutoire, du ministère des masses.