03/05/2013

3 mai 2013, la liberté de presse est un chemin de croix pour les journalistes congolais

3 mai 2013, la liberté de presse est un chemin de croix pour les journalistes congolais

La majorité des journaux en République démocratique du Congo sont Kinois !

Le 3 mai 2001, nous étions plusieurs journalistes africains invités par l'Unesco à Windhoeck en Namibie au séminaire pour le développement d'une presse africaine indépendante et pluraliste, au 10è anniversaire de la déclaration de Windhoeck de la liberté de presse. 22 ans après, peut-on vraiment parler des avancées de la liberté de presse en République démocratique du Congo ? Certains diront qu'il y a un foisonnement des titres de presse, une multitude des chaînes de télévision et des stations de radio. Le pluralisme médiatique se mesure-t-il par la multitude des titres et foisonnement des chaînes des télévision et stations radios ? Le pluralisme médiatique se mesure par la pluralité d'opinions et la diversité du contenu. Lorsque la majorité des médias comme des ânes bâtés pérorent la même chose doit-on parler du pluralisme médiatique ? Faut-il signaler qu'aucun journal en RDC ne tire à plus de 2 000 exemplaires, la majorité des journaux sont Kinois. Rares sont les journaux qui apparaissent dans nos provinces, ils sont inéxistants. La plupart des radios et télévisions appartiennent aux Mammouths Joséphistes qui dirigent par défi. Même Lambert Mende Omalanga, notre Vuvuzélateur national, pourtant Ministre de l'information et Goebbels de Joseph Kabila à sa radio Grand Tam-Tam à Lodja dans le district de Sankuru dans le Kasaï-Oriental.

Sans commentaire !

Que dire du fait, pour faire bouillir la marmite, la majorité des journalistes sont des porte-parole ou conseillers en communication des ministres, députés ou gouverneurs, tout en continuant à présenter des journaux télévisés, écrivent dans leurs journaux et animer des émissions politiques...la précarisation est entérinée et acceptée ; les contextes d'exercice sont de plus en plus flous, avec une accentuation de la confusion information-communication. À la précarité sociale des journalistes congolais s’ajoutent les problèmes de professionnalisme et des problèmes structurels des entreprises de presse, notamment en matière de management et de leurs relations avec les pouvoirs politiques et financiers.

Le coupage ou corruption est avilisante pour les journalistes pratiquants !

Au jour de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, la presse congolaise ne s’est jamais portée aussi mal. À la précarité sociale des journalistes (salaires dérisoires, absence de couverture sociale pour certains, problèmes de logement, etc.), s’ajoutent les problèmes de professionnalisme et des problèmes structurels des entreprises de presse, notamment en matière de management et de leurs relations avec les pouvoirs politiques et financiers. Le "coupage" est institutionnalisé, tout article est monnayé avant parution, les passages aux émissions télé les sont également. Résultat: on donne plus la parole aux cancres, arrivistes et parvenus, les congolais qui ont un peu de conscience et de dignité qui ne veulent se rabaisser pour faire passer leurs idées et opinions, on ne les invitent pas !

Aujourd’hui, il y a des lignes rouges que les journalistes congolais ne peuvent pas franchir, ils s'imposent une autocensure. Il y a eu aussi de nombreuses récupérations : beaucoup de journalistes sont entrés en politique.

Autre contrainte et non des moindres : le carcan juridique. Alors que la liberté d’expression et d’opinion — qui va de pair avec la liberté d’information et plus spécifiquement la liberté de la presse — est garantie par au total 17 textes de lois, des arrêtés ministériels et des textes réglementaires de référence dont les plus importants sont : La Constitution de Liège (Art. 22, 23 et 24), les codes pénaux congolais ordinaire et militaires en ce qu'ils prévoient et punissent les infractions commises par voie de presse ; la loi cadre de 1996 ; la loi-L N°81-012 du 2 avril 1981 portant statuts des journalistes œuvrant en République du Zaïre.

L’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme est paradoxalement remise en cause par certains agissement des autorités congolaises. Normalement pour la bonne marche de la Nation, toutes les instances, les administrations et les institutions doivent fournir au journaliste toutes les informations et les données qu’il demande de manière à garantir au citoyen le droit à l’information dans le cadre de la loi organique et de la législation en vigueur, c'est plutôt la voie aux restrictions et même à l’arbitraire. En effet, il est stipulé explicitement que “le droit d’accès aux sources d’information est reconnu au journaliste professionnel, excepté lorsque l’information concerne le secret de défense nationale tel que défini par la législation en vigueur, l’information porte atteinte à la sûreté de l’État et/ou à la souveraineté nationale de façon manifeste, l’information porte sur le secret de l’enquête et de l’instruction judiciaire, l’information concerne le secret économique stratégique, l’information est de nature à porter atteinte à la politique étrangère et aux intérêts économiques du pays”. Ainsi, les institutions et, de façon générale, les autorités congolaises ont toute latitude de refuser de donner l’information sous prétexte qu’elle touche à l’un des cas cités ci-dessus. Quel est ce journaliste congolais qui peut affirmer sans rire qu'il reçoit les informations de la source ?

Pour toute information, il faut aller à la source !

Le maintien du monopole de deux sociétés brassicoles sur la publicité, le diktat des annonceurs, les tergiversations dans le paysage audiovisuel congolais, le cahier des charges dissuasif imposé aux postulants ou encore la structure de régularisation CSAC qui apparait comme un satellite du régime et de l’administration, autant dire que le chemin est encore long pour une liberté de la presse effective en République démocratique du Congo. Mais une chose demeure certaine : la liberté d’expression et son corollaire la liberté de la presse est une donnée démocratique qui ne peut s’accommoder que d’une démocratisation générale de la vie nationale.

C’est l’un des paradoxes congolais qui intriguent même les Occidentaux : alors que la vie politique est verrouillée, les droits de l’Homme malmenés au quotidien, les manifestations publiques interdites, la presse, en revanche, jouit d’un semblant et relative liberté pour flouer et constitue un faire-valoir devant l’opinion internationale ? Pour les étrangers qui passent par Kinshasa, la culture locale du “Parlement Debout”est séduisant. Tous les jours, du côté du Rond-Point Victoire à Matongé, à Lemba-Échangeur, à Limeté 10è rue ou en plein centre ville à la Gombé, des vieux fonctionnaires et des intellectuels discutent de l’actualité qu’ils devinent à la Une des journaux étalés sur les trottoirs.

Paupérisation outrancière voulue et imposée, aucun congolais n'est à mesure de s'acheter tous les matins un journal d'où le phénomène des "Parlementaires Debout".

Doit-on affirmer que les médias n'ont aucune influence dans la société ? Ou que l'influence de la presse dans la société congolaise est circonscrite ? Pas si sûre ! Chaque ministre de l'information nommé tente de museler la presse en fermant les radios et les télévisions. L'attitude de Modeste Mutinga Mutuishayi mérite qu'on s'y attarde. Propriétaire du journal le Potentiel, nommé à la fameuse Haute Autorité des Médias (HAM), il s'est octroyé, Radio 7 et Télé 7. Poussant sa cupidité trop loin, le Grand requin, fourbe, roublard et dribbleur patenté Modeste Mutinga Mutuishayi corrompu jusqu'à la moelle épinière s'autorisa à prise les Congolais d'un débat démocratique entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba contre espèces sonnantes et trébuchantes, ainsi que le poste de Rapporteur au Sénat.

Les grilles de programmes des télévisions congolaises sont trop identiques. La télé congolaise dans son ensemble est extrêmement bavarde, on y débat à bloc. Entre deux couloirs publicitaires de la Skol ou de la Primus, il arrive qu’une émission déboule ! Quand elle ne parle pas, la télé congolaise te fait chanter et danser grâce aux programmes de « Détente Musicale ». En plus des émissions de débat, la télé informe au travers de ses jités et de l’obligatoire revue de la presse congolaise façon Télématin de France 2, qui se résume bien souvent à une lecture passionnée des titres de, au choix, Le Potentiel, L’Avenir, Le Phare, La Référence +, La Tempête des Tropiques, Le Forum des As, et autres joyeuses publications. Sur certaines chaînes, on peut même lire le journal.

En plus des émissions de débat, la télé informe au travers de ses jités et de l’obligatoire revue de la presse congolaise façon Télématin de France 2, qui se résume bien souvent à une lecture passionnée des titres de, au choix, Le Potentiel, L’Avenir, Le Phare, La Référence +, La Tempête des Tropiques, Le Forum des As, et autres joyeuses publications. Sur certaines chaînes, on peut même lire le journal.

Le journal télévisé se résume bien souvent à filmer les réunions, colloques, évènements culturels de la capitale. Le mercredi, ce n’est pas conseil des ministres, c’est point presse de la MONUSCO, la mission de stabilisation des Nations-Unies au Congo. C’est à la télé qu’on constate que dans ce pays aussi immense, ce qui se passe « à l’Intérieur », hors de Kinshasa, Lubumbashi et des Kivus, là où l’activité humanitaire n’est pas intense, est largement inconnu du congolais.

Et puis il y a les fictions. La télé congolaise est assez géniale car elle illustre parfaitement les théories postulant l’existence de flux internationaux de programmes Sud-Sud. En effet, outre la fiction locale qui reste relativement « pauvre » artistiquement parlant et les DVDs de séries américaines et françaises, les télévisions congolaises diffusent des telenovelas, forcément doublées avec les pieds, telles que El Diablo ou Les Filles de la Mafia.

Encore plus LOL : les téléfilms nigérians. Sans surprise, Nollywood inonde le marché congolais avec des fictions pleines de violence, d’érotisme et de sorcellerie – tout pour plaire au téléspectateur kinois. La chaîne qui en diffuse le plus, Mirador TV, arrive systématiquement en tête des études d’audience qui sont réalisées ici. Mais le détail qui te fait taper ton cul par terre est que ces fictions nigérianes, tournées en anglais, sont doublées en lingala en cabine, et souvent par une seule personne chargée de faire l’ensemble des personnages… et qui va de temps en temps commenter « l’action » du film (« SUSPENSE ! »), voire annoncer qu’il va pisser. Mais aussi, pendant les temps morts, faire la promotion du sponsor du film. Le film le plus connu, c’est Karachika, et son doublage en lingala, c’est de l’art !

le journaliste congolais est présenté presque comme un chevalier toujours mobilisé pour défendre les couches les plus démunies de la société, les revendications sociales et économiques des travailleurs… Et c’est la tâche à laquelle il se consacre tous les jours que Dieu fait, au point d’oublier que lui aussi a besoin de quelqu’un pour le défendre. L’absence d’une grille de salaires digne de ce nom et d’un plan de carrière ouvre la voie à l’arbitraire dans la distribution des salaires, dans la promotion, dans la formation quand elle existe… Faudrait pas gâcher la fête avec des recriminations. La liberté de presse se gagne qu'on se le dise !