Après une gigantesque chasse à l'homme qui a transformé Boston en ville fantôme, la police semblait avoir localisé vendredi soir ce jeune suspect. D'importantes forces de l'ordre ont convergé vers un quartier de Watertown, dans la banlieue de Boston, où Djokhar Tsarnaev, d'origine tchétchène, s'était évaporé la nuit précédente à l'issue d'une course poursuite avec la police, durant laquelle son frère aîné a été tué. Des coups de feu ont été entendus, des ambulances envoyées sur place. La police s'intéressait à un bateau dans un jardin, où il serait réfugié sous une bâche, selon les télévisions sur place. Mais les forces de l'ordre opéraient avec une extrême prudence, craignant que le jeune homme ne soit lourdement armé.

Un oncle du suspect en fuite l'appelle à se rendre

Un oncle des deux frères soupçonnés d'avoir commis l'attentat de Boston a appelé le survivant, traqué par des milliers de policiers, à "se rendre et demander pardon" aux victimes.

Dans un entretien de dix minutes retransmis sur les télévisions américaines devant sa maison du Maryland, près de Washington, Ruslan Tsarni a estimé que ses neveux "portaient le discrédit sur tous les Tchétchènes", exprimant son désir de présenter lui-même ses excuses en leur nom.

"Je suis prêt à m'agenouiller devant (les victimes) pour leur demander pardon", a déclaré Ruslan Tsarni, visiblement ému, soulignant que sa propre famille n'avait "rien à voir" avec celle de son frère depuis plusieurs années. "Djokhar, si tu es en vie, rends-toi et demande pardon", a lancé son oncle, expliquant avoir été "choqué" en découvrant le visage de ses neveux à la télévision et sur internet vendredi matin.

Ruslan Tsarni, qui a précisé vivre légalement aux Etats-Unis, a indiqué que les deux frères n'avaient jamais été en Tchétchénie, une république russe à majorité musulmane du nord du Caucase, où la rébellion contre le pouvoir central de Moscou s'est progressivement islamisée et a de plus en plus débordé hors des frontières pour se transformer au milieu des années 2000 en un mouvement islamiste armé actif dans tout le Caucase du Nord.

Selon l'oncle, les deux frères n'ont rien à voir avec ce soulèvement. "Si c'est le cas, c'est que quelqu'un les a radicalisés", a-t-il assuré. Selon lui, les deux frères sont arrivés aux Etats-Unis depuis le Kirghizstan, en Asie centrale, en 2003. L'asile leur a été accordé aux Etats-Unis, où selon Ruslan Tsarni, qui les a qualifiés de "'losers'", ils n'ont jamais réussi à s'intégrer.

Interrogé sur ce qui avait pu les pousser vers le terrorisme, il a répondu: "La haine envers ceux qui ont été capables de s'intégrer". "C'est tout ce que je peux imaginer. Rien d'autre. Que cela ait à voir avec la religion, avec l'islam, c'est une imposture, c'est du toc". "Bien sûr que nous avons honte. Ce sont les fils de mon frère, qui avait peu d'influence sur eux, pour être honnête, à ce que j'en sais", a-t-il ajouté.

La faute des services secrets américains selon le président tchétchène

Ramzan Kadyrov a déclaré vendredi que les frères Tsarnaev, soupçonnés d'être les auteurs de l'attentat de Boston, étaient des inconnus en Tchétchénie, et a rejeté la responsabilité de ce drame sur les services secrets américains.

"Nous ne connaissons pas les Tsarnaev, ils n'ont pas vécu en Tchétchénie, ils ont vécu et étudié aux Etats-Unis. Ce qui s'est passé à Boston est la faute des services secrets américains", a déclaré le président tchétchène, cité par l'agence publique de presse Ria Novosti.

"C'est devenu assez typique de lier tout ce qui se passe dans le monde aux Tchétchènes, de blâmer les Tchétchènes, même pour un tsunami", a ajouté le dirigeant de cette instable république du Caucase russe, connu pour ses déclarations à l'emporte-pièce.

Mais "toute tentative de lier la Tchétchénie aux Tsarnaev, s'ils sont coupables, est vaine. Ils ont grandi aux Etats-Unis, ont forgé leurs opinions et convictions là-bas. Il faut trouver les racines du mal en Amérique", a poursuivi Ramzan Kadyrov sur son compte Instagram.

Le père des suspects clame leur innocence

Un homme se présentant comme le père des frères Tsarnaev, soupçonnés d'être derrière l'attentat de Boston, a clamé l'innocence de ses fils, estimant qu'ils avaient été "piégés".

"A mon avis, les services spéciaux ont piégé mes enfants car ce sont des musulmans fervents", a déclaré cet homme, Anzor Tsarnaev, à l'agence Interfax, s'exprimant depuis la capitale du Daguestan, Makhatchkala. "Pourquoi ont-ils tué Tamerlan? Ils auraient dû le prendre vivant", a-t-il ajouté, faisant référence à son fils de 26 ans mort dans la nuit de jeudi à vendredi.

"Le plus jeune se cache maintenant. Nous l'attendions pour les vacances", a-t-il ajouté, précisant que Djokhar étudiait la médecine aux Etats-Unis. "Maintenant, je ne sais pas ce qu'il va se passer", a-t-il renchéri.

Un peu plus tôt, l'agence AP affirmait avoir pu discuter avec ce père. A propos de son fils toujours en fuite, Anzor Tsarnaev affirmait que celui-ci était un "ange" et un étudiant en médecine talentueux.