"Cela fait plus d’une année que nous espérons que mon fils soit libéré. Je pense qu’il faut monter en puissance, parce que la situation ne peut pas perdurer. Je vais vous présenter les démarches entreprises auprès des autorités françaises, en coordination avec les avocats de mon fils. Au départ, c’était une prise de guerre (…) Maintenant, il y a une prolongation, au-delà des violences gratuites. (…) Je vais vous lire quelques lignes du témoignage que j’ai recueilli auprès de ma belle-fille, l’épouse de mon fils Michel. «Lorsque les soldats sont entrés à la Résidence, ils nous ont demandé de sortir un par un en ayant les bras levés. En ma présence, l’un deux a braqué son arme sur la tempe de Michel Gbagbo.

Laurent et Simone Gbagbo ainsi que des ministres sont arrivés, et ont été brutalisés. Ensuite, est arrivé notre tour. A la porte de la Résidence, nous avons tous été brutalisés, dépouillés de nos affaires, nos papiers ont été déchirés. Cela en présence d’une colonne de militaires français positionnés à quelques mètres de la Résidence. J’avais perdu Michel de vue. On nous a fait monter dans des camions et conduit au Golf Hôtel, qui servait de quartier général d’Alassane Ouattara. A la descente du camion, nous avons été de nouveau brutalisés. J’ai retrouvé mes enfants confinés dans une chambre. Je n’ai aperçu Michel que deux jours après, couvert de pansements sur la tête, sur un œil, sur tout le dos. Je suis restée enfermée jusqu’au samedi 16 avril dans une petite chambre où nous étions 32 personnes, hommes, femmes et enfants. A notre sortie, nous avons été sélectionnés. Certains sont restés au Golf Hôtel, dont Michel, ma belle-mère Simone, et d’autres personnes. Depuis cette date, je n’ai plus revu Michel.» (…)

Le pillage et les dégradations volontaires de la maison de mon fils. La maison a été vidée, considérablement abîmée (…) De même que les logements de nombreux détenus. Ce n’est pas un hasard. Ce ne sont pas des voleurs qui, par pure coïncidence, seraient passés à ce moment-là. (…)

Le transfert et la détention à Bouna, dans le nord de la Côte d’Ivoire, se sont faits en dehors de tout cadre juridique. Je ne m’étends pas sur les questions juridiques. (…) Le fait de filmer des actes d’humiliation envers les détenus montre une volonté délibérée de porter atteinte à la dignité des personnes. (…) Tout le monde l’a vu sur Internet ! (…) Les conditions de détention ont mis sa vie en danger. Nous le savons par l’avocat, qui a pu faire une seule visite, le toit était incomplet. De l’eau passait, et inondait le matelas. (…) En janvier, mon fils a été victime d’une piqure de scorpion. Un scorpion venimeux, c’est quelque chose qui est grave. (…) Il y a le maintien dans l’isolement, dans l’interdiction de communiquer avec l’extérieur, et de recevoir les visites de la famille, et en particulier les difficultés que rencontrent les avocats pour s’entretenir avec leur client. (…)

Ma démarche en tant que française, en tant que mère d’un enfant qui a la double nationalité française et ivoirienne, c’est de m’adresser au gouvernement français, c’est mon interlocuteur. Je pense que la responsabilité de la France est engagée avec son soutien militaire à la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara. Ce qui s’est passé, les bombardements, c’est bien l’armée française qui a fair cela. (…) Elle est engagée aussi par rapport aux conséquences. (…) Tout le monde sait qu’en Côte d’Ivoire, il y a une insécurité extrême qui touche les Ivoiriens, qui touche aussi les ressortissants français qui sont là-bas.

J’ai adressé plusieurs courriers, j’en ai adressé un au président Nicolas Sarkozy. Ce courrier-là est resté sans réponse. J’en ai adressé d’autres à certaines personnalités que je ne souhaite pas citer ici. Certaines m’ont répondu, d’autres non. Mais l’essentiel de mon action a été orientée vers le ministère des Affaires étrangères, du précédent gouvernement, Alain Juppé donc, qui est concerné dans le cadre de sa mission de protection des ressortissants français. J’ai eu des réponses. Mais ces réponses ne prenaient pas vraiment la mesure de la situation. Jamais elles n’abordaient le côté injuste au plan légal et au plan moral de son arrestation et de sa détention, dans les conditions de violence que l’on sait. Et d’autre part, elles n’envisageaient pas de solution pour essayer de sauver Michel de cette situation dramatique. En gros, le ministère m’a assuré que mon fils bénéficiait de la protection consulaire, qu’ils étaient attentifs, et ça en restait là. Il a reçu effectivement à deux reprises – une fois à Bouna, et la seconde fois à Abidjan à la Pisam – la visite d’un agent du consulat.

Aujourd’hui, j’espère avec plus d’écoute de la part du nouveau gouvernement. J’espère qu’ils y mettront la volonté nécessaire. J’ai envoyé le 25 mai 2012 une lettre au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et le président François Hollande en est également destinataire. Ainsi que d’autres personnes, le président du Sénat, le Premier ministre, etc… (…) Dans cette lettre, je rappelle (…) que mon fils est gardé par des hommes en armes qui lui interdisent tout contact avec ses avocats et sa famille et ceci, nonobstant l’autorisation de visite donnée par le juge d’instruction. Je rappelle (…) que pendant quatre mois, mon fils a été détenu en dehors de tout cadre légal (…) Enfin que du fait de la présence incontrôlée de divers groupes armés, la sécurité va en s’aggravant en Côte d’Ivoire et constitue une menace pour mon fils déjà fortement éprouvé par les conditions de son arrestation et de sa détention. C’est pourquoi je réitère le souhait de voir le gouvernement français œuvrer en vue d’obtenir pour lui un rapatriement sanitaire et humanitaire en France.

Actuellement, nous sommes dans l’impossibilité de recevoir des informations directes de la part de mon fils. Ce qui laisse la place à toutes les rumeurs. Parfois les rumeurs sont fondées, parfois non. D’où l’intérêt d’une initiative comme celle d’aujourd’hui. Parce que c’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter, en France ou à l’étranger. S’il y a un prisonnier, on doit pouvoir entrer en contact avec lui (…) Ne serait-ce que savoir s’il est encore en vie.

Je crois beaucoup en la complémentarité des démarches individuelles comme judiciaires et des actions visant à faire connaître le sort des détenus politiques ivoiriens, dont je suis solidaire. Je vais attendre d’avoir une réponse de M. Fabius. Si elle ne vient pas très rapidement, je vais de toute façon demander à être reçue par le président de la République, M. François Hollande."