22/09/2013

Soeur Angélique Namaïka, l'espoir des rescapées de la LRA milice Ougando-Soudanaise dans la Province Orientale

Soeur Angélique Namaïka, l'espoir des rescapées de la LRA milice Ougando-Soudanaise dans la Province Orientale

"Jésus est passé partout en faisant le bien. Il n'avait pas le temps de se reposer, alors moi-même, je dois toujours me mettre debout", confie soeur Angélique Namaïka, dos à la rivière Kibali, qui traverse Dungu, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Soeur Angélique Namaïka.

La religieuse congolaise de 46 ans a reçu mardi la distinction Nansen pour les réfugiés en récompense pour son action en faveur des femmes rescapées de la sauvagerie de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), mouvement de guérilla ougandais parmi les plus brutaux d'Afrique.

Décerné par le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), son prix est doté de 100.000 dollars.

Angélique Namaïka, pommettes hautes et yeux en amande, est née dans le village de Kembisa, dans le sud de la Province-Orientale (nord-est de la RDC). Ses parents, des cultivateurs qui ont eu six enfants, sont de fervents chrétiens. Tout comme la grand-mère qui l'élève pendant une partie de sa scolarité - studieuse et appliquée.

"J'ai eu le goût de devenir religieuse en rencontrant [une] soeur allemande", se souvient la nonne, vêtue d'un pagne et qui suit la règle de Saint Augustin. "Chaque fois, elle venait chez nous pour soigner les malades, il y en avait beaucoup et elle n'avait pas le temps de se reposer, de manger... Je me suis dit que j'allais l'aider à avoir un peu de répit".

Le soeurs augustines vouent leur vie au service des malades. Angélique a suivi une formation religieuse à Doruma, où elle est restée douze ans. En 2003, après une escale d'un an et demi à Bangadi, elle part pour Dungu, plus au nord. Ces localités se situent dans la Province-Orientale, région agricole et minière (or, diamant...) où sévissent chroniquement des groupes armés.

Parmi ces groupes, figure la LRA de Joseph Kony, recherché par la Cour pénale internationale. Rébellion née en Ouganda, ses combattants sont actifs depuis 2005 dans le nord-est de la RDC, en Centrafrique et au Soudan du Sud voisins.

Ils sont tristement célèbres pour des pillages, viols, meurtres, mutilations et enrôlements forcés d'enfants ensuite utilisés comme soldats et esclaves sexuels. Une violence que sœur Angélique a fui en octobre 2009, avant de revenir en janvier 2010.

"une passion pour les victimes"

Avec 110.000 déplacés - sur 320.000 dans la province - le territoire de Dungu est le plus affecté. L'armée congolaise affirme que la LRA n'opère plus en RDC. L'ONU, elle, signale une baisse notable des attaques de cette guérilla mais en a tout de même dénombré une cinquantaine ayant fait 17 morts depuis le début de l'année.

Soeur Angélique, les cheveux ceints d'un foulard beige, s'occupe depuis 2003 de femmes en difficulté et accueille chez elle des orphelins de la LRA ou du sida. Mais elle "a une passion surtout pour les femmes victimes de ces atrocités (de la LRA), à travers sa parole, on le sent", commente l'abbé Rémi, qui officie dans l'église où prie la religieuse.

Elle circule inlassablement à vélo sur les routes terreuses et chaotiques de Dungu. Ici pour donner des cours d'alphabétisation en lingala, langue la plus parlée. Là pour enseigner la boulangerie, la cuisine et la coupe-couture.

"Sans la soeur, je n'aurais pas été à l'école", raconte Gloria, 18 ans. "J'ai appris la cuisine (...) L'argent que je gagne m'aide à payer les frais d'école et les soins pour l'enfant" qu'elle a eu d'un soldat de la LRA qui l'avait prise pour femme.

Pendant les cours ou dans le champ commun des femmes, sœur Angélique veille au grain. Et en cas d'indiscipline, elle recadre avec une remarque accompagnée d'un sourire. Mais pas toujours. "Je me fâche vite quand les choses ne marchent pas comme je pensais", reconnaît-elle.

 

Avec son prix, elle a espoir que ses projets avanceront plus vite: "J'étais le porte-parole de ces femmes et de ces enfants vulnérables. C'est pour ça que ce don je vais le consacrer pour les activités des femmes: sans elles, je n'aurais jamais reçu ce prix."

17/09/2013

Soeur Angélique Namaika, religieuse congolaise est lauréate de la prestigieuse distinction Nansen du HCR

Soeur Angélique Namaika, religieuse congolaise est lauréate de la prestigieuse distinction Nansen du HCR

Genève, 17 septembre 2013 – Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé aujourd’hui que la distinction Nansen pour les réfugiés est décernée cette année à sœur Angélique Namaika, qui travaille dans la région isolée du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) auprès des femmes déplacées et rescapées des sévices perpétrés par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Soeur Angélique Namaika

Sœur Angélique, avec son Centre pour la réintégration et le développement, a transformé la vie de plus de 2 000 femmes et jeunes filles qui avaient été chassées de chez elles et brutalisées, principalement par les rebelles de la LRA. Beaucoup des femmes qu’elle a secourues témoignent d’enlèvements, de travail forcé, de coups, de meurtres, de viols et d’autres violations des droits fondamentaux.

L’approche personnalisée mise en œuvre par la religieuse aide les survivantes à guérir de leurs traumatismes et des atteintes qu’elles ont subies. En plus des violences dont elles ont souffert, ces femmes et jeunes filles vulnérables sont souvent ostracisées par leur propre famille et leur communauté en raison des épreuves qu’elles ont traversées.

Il faut des soins particuliers pour leur permettre de guérir et de recoller les morceaux de leur vie brisée. Sœur Angélique y parvient en leur donnant la possibilité d’apprendre un métier, de créer une petite entreprise ou de retourner à l’école. Les témoignages de ces femmes montrent les résultats remarquables de son travail pour les aider à prendre un nouveau départ. Beaucoup d’entre elles l’appellent d’ailleurs affectueusement « mère ».

L’annonce du nom de la lauréate coïncide avec la publication d’un rapport (en anglais) sur la vie des personnes déplacées par la violence de la LRA. Depuis 2008, on estime que 320 000 personnes ont été forcées de fuir dans la province Orientale de la RDC, parfois à plusieurs reprises. Ce rapport, préparé par le HCR et l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), met en lumière les raisons pour lesquelles la violence de la LRA a provoqué des traumatismes aussi profonds et durables, pour les personnes enlevées comme pour des centaines de milliers de déplacés qui ont encore peur de rentrer chez eux.

Sœur Angélique a elle-même été déracinée par les violences en 2009, quand elle vivait dans la ville de Dungu. Elle a donc éprouvé la douleur de devoir fuir son propre foyer. C’est en partie cette connaissance qui la pousse à travailler jour après jour pour aider toutes les femmes et jeunes filles qui en ont besoin.

« Sœur Angélique travaille sans relâche pour aider des femmes et des jeunes filles rendues extrêmement vulnérables par le traumatisme, la pauvreté et le déracinement. Les obstacles sont de taille et son œuvre n’en est que plus remarquable ; sœur Angélique ne laisse rien se mettre en travers de son chemin », a déclaré António Guterres, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à propos de la lauréate.

Là où l’électricité, l’eau courante et les routes asphaltées sont rares, le travail de la religieuse est stupéfiant. Même si elle manque d’outils adaptés et si ses ressources sont presque inexistantes, sœur Angélique ne se laisse pas décourager. Elle s’est donné pour mission d’alléger les souffrances de ces femmes et de ces jeunes filles déracinées, et de leur donner un nouvel espoir pour l’avenir.

« La vie de ces femmes a été brisée par la violence aveugle et le déracinement. Sœur Angélique montre qu’une personne peut à elle seule changer la vie des familles déchirées par la guerre. C’est une véritable héroïne », a ajouté António Guterres.

A propos de l’annonce, la nouvelle lauréate a déclaré : « Il est difficile d’imaginer les souffrances de ces femmes et de ces adolescentes aux mains de la LRA. Elles resteront marquées à jamais par cette violence. La récompense décernée à sœur Angélique signifie que davantage de personnes déplacées à Dungu pourront recevoir l’aide dont elles ont besoin pour recommencer leur vie. Je ne cesserai jamais de faire tout ce que je peux pour leur redonner espoir et leur offrir la chance de revivre. »

Sœur Angélique recevra la distinction Nansen pour les réfugiés et la médaille Nansen lors d’une cérémonie organisée à Genève le 30 septembre. Paulo Coelho, auteur de nombreux succès de librairie, y prononcera une allocution alors que Dido, chanteuse et compositrice britannique, Yuna, auteure et interprète malaisienne, et le duo malien Amadou et Mariam, nominé aux Grammy Awards, se produiront devant les invités.

Après la cérémonie, sœur Angélique se rendra à Rome, où elle sera reçue par le pape François au Vatican le 2 octobre, avant de participer à d’autres réunions à Paris, Bruxelles et Oslo.

La distinction Nansen pour les réfugiés

Décernée une fois par an, la distinction Nansen récompense des services exceptionnels rendus à la cause des réfugiés.

Elle rend hommage à l'imagination et à l'action.

L'imagination de visionnaires qui, face aux horreurs de la guerre et à l'oppression, trouvent néanmoins des raisons d'espérer; l'action d'optimistes irréductibles qui s'engagent sans hésiter.

Elle donne acte au courage et à la ténacité.

Le courage du démineur qui ouvre un passage ou du sauveteur qui porte secours à un inconnu en mer ; la ténacité du réformateur qui choisit d'ignorer les pires dangers pour affirmer les droits des persécutés.

Elle salue la compassion et la bonne volonté.

La compassion d'êtres qui font passer les soins aux blessés avant leur confort et leur sécurité ; la bonne volonté d'artistes qui, avec pour arme leur talent, se font les défenseurs des plus vulnérables.

Instituée en 1954, la distinction Nansen pour les réfugiés est décernée chaque année à une personne ou à une organisation en récompense de ses services exceptionnels et de son dévouement aux personnes déracinées. Elle consiste en une médaille commémorative et en un prix de 100 000 dollars offert par la Norvège et par la Suisse. Cette distinction porte son nom en souvenir de Fridtjof Nansen, intrépide explorateur polaire, premier Haut Commissaire aux réfugiés de la Société des Nations et prix Nobel de la paix en 1922.